S. M. I. m’ordonne aussi de vous faire connaître, M. le duc, que son intention est que pendant le voyage du roi dans son rétour à Madrid, tous les honneurs lui soient rendus dans les gouvernemens et dans l’arrondissement de l’armée du nord comme si S. M. commandait cette armée. Le roi donnera l’ordre et recevra les honneurs du commandement. Les gouverneurs l’accompagneront dans leur gouvernement et lui feront fournir toutes les escortes qui lui seront nécessaires. Il est à présumer que le roi séjournera quelque tems à Vittoria et à Burgos, et qu’il profitera de son séjour pour rassembler les notables du pays les éclairer sur la situation des affaires, et améliorer l’esprit public. Vous seconderez, mons. le maréchal, les mesures que le roi pourra prendre pour rendre les villes et les villages responsibles des abus qui se commettent sur leur territoire. Vous agirez de même si le roi accorde le pardon à quelques bandes de guerillas qui se rendraient. Vous devez aider de tous vos moyens les mesures que S. M. prendra pour le rétablissement de l’ordre et de la tranquillité publique. Du reste les troupes composant l’armée du nord doivent rester sous le commandement respectif de leurs chefs et vos ordres doivent continuer à être exécutés sans qu’aucun ordre de qui que ce soit puisse les changer. Quant à l’administration du pays, elle doit continuer à marcher dans la direction donnée par les instructions et les ordres de l’empereur; les fonds doivent être destinées aux besoins de l’armée, à l’entretien des hôpitaux, et vous devez défendre et empêcher toute espèce d’abus. Le roi ayant plus particulièrement encore que vous, les moyens de connaître les abus qu’ont lieu, l’empereur ordonne que vous profiteriez des lumières que le roi pourra vous donner à cet égard pour les réprimer. Il est nécessaire, monsieur le duc, que vous me fassiez connaître le budjet des ressources et des dépenses afin de savoir la partie des revenues qui pourront être versés à Madrid, dans la caisse du gouvernement pour le service du roi et pour l’armée du centre.

Je n’ai pas besoin de vous répéter que la justice doit se rendre au nom du roi; cela a toujours dû avoir lieu; le droit de faire grace ne vous appartient pas pour les individus condamnés par les tribunaux; vous n’êtes autorisé qu’à suspendre l’exécution dans les cas que vous jugerez graciables. Le droit de faire grace n’appartient qu’au roi. Vous n’avez pas non plus le droit de nommer à aucune place du clergé; le roi y nomme dans toutes les parties de son royaume.

Si le roi juge à-propos de tenir près de vous et des gouverneurs un commissaire Espagnol pour connaître les recettes et les dépenses, vous devez donner à ce commissaire les renseignemens dont il aura besoin pour remplir sa mission. Vous aurez soin, monsieur le maréchal, de me rendre compte journellement de ce qui se sera fait pendant le séjour du roi afin que j’en informe l’empereur.

&c. &c.

Paris, le 24 Août, 1811.

Sire,—J’ai l’honneur d’informer votre majesté que d’après les ordres de l’empereur, je viens de faire connaître à M. le maréchal duc de Raguse que l’armée de Portugal doit prendre désormais sa ligne de communication sur Madrid; je lui mande que c’est là que doit être son centre de dépôt, et que toute opération que l’ennemi ferait sur la Coa ne peut déranger cette ligne; que si l’ennemi veut prendre l’offensive il ne peut la prendre que dans l’Andalousie parceque de ce côté il a un objet à remplir, qui est de faire lever le siège de Cadiz, tandis que ses efforts dans le nord s’avença-t-il même jusqu’à Valladolid, n’aboutiraient à rien puisque les troupes que nous avons dans ces provinces en se repliant lui opposeraient une armée considérable et qu’alors l’armée de Portugal devrait faire pour l’armée du nord ce qu’elle ferait pour l’armée du midi. Je le préviens que l’objet important est que sa ligne d’opérations soit sur Talavera et Madrid parceque son armée est spécialement destinée à protéger celle du midi. Je lui fais observer que l’armée de Portugal étant attaquée de front, son mouvement de retraite est encore sur Madrid parceque dans tous les cas possibles ce doit être sa ligne d’opérations, qu’il faut donc que tous les dépôts quelconques appartinant à l’armée de Portugal soient dirigés sur Talavera et Madrid. Je donne l’ordre impératif au général Dorsenne de faire partir dans les 24 heures tous les dépôts et détachemens qu’il a appartenant à l’armée de Portugal; tout ce qui est en état de servir sera dirigé en gros détachemens par Avila sur Placentia, et quant aux hommes qui ne sont pas pour le moment en état de servir, le général Dorsenne les fera diriger sur Madrid, et aura soin d’en informer à l’avance votre majesté, de manière qu’il ne lui restera plus un seul homme appartenant à l’armée de Portugal, sauf la garnison de Ciudad Rodrigo qu’il fera relever et rejoindre aussitôt après l’arrivée des renforts qui vont se rendre à l’armée du nord.

&c. &c.

Boulogne, le 20 Sept. 1811.

Sire,—L’empereur m’a demandé si j’avois reponse à la lettre que j’ai eu l’honneur d’adresser à V. M. en lui rendant compte de la reddition de Figueras. L’empereur m’ordonne d’annoncer à V. M. que son intention est d’étendre à toute la rive gauche de l’Ebre la mesure qu’elle à jugé devoir adopter pour la Catalogne. L’empereur pense que V. M. temoin de la resistance qui éprouvent les armées et des sacrifices des toutes espèces que la France est obligé de faire, est trop juste pour ne point apprécier les motifs de la conduite de l’Empereur, et je suis autorisé à assurer V. M. des sentimens d’intérêt et d’amitié qui continuent à animer l’empereur pour V. M. mais il ne pouvent pas faire negliger à S. M. I. et R. ce qu’elle doit à la sureté de son empire et à la gloire de son règne.

&c. &c.