Albert. Oh, quant à moi, mon oncle, l'aventure de ce soir m'a déjà bien raffermi, et j'espère me débarrasser tout-à-fait de cette vilaine peur.

M. le Curé. Je serai charmé de contribuer à votre guérison; et j'espère, avant trois jours, vous voir assez raisonnables pour ne pas craindre de vous mettre en rapport avec certain spectre qui est chez moi, et dont la familiarité vous délivrera de la peur de tous les autres.

Les Enfans. Un spectre!

M. le Curé. Oui, vraiment; un spectre avec lequel j'ai fait connaissance il y a long-temps, et qui m'a l'obligation de se trouver encore ici-bas.

Cécile. Quoi! il est visible chez vous? Nous ne l'avons pas vu lorsque nous y avons été?

M. le Curé. C'est un revenant de Paris où il est né, où il est mort. Je lui permets quelquefois de faire des absences de chez moi; il n'est revenu dans ma maison que ce soir.

Victor. Mais vous disiez qu'il n'en existait pas?

M. le Curé. Non, il n'existe ni spectres ni fantômes qui reviennent pour effrayer et tourmenter ceux qui ne les recherchent pas; mais j'ai recherché celui dont je parle, il me doit sa conservation, et il n'apparaît devant les étrangers que lorsque je le veux.

Gertrude ouvrait de grands yeux pour regarder M. le Curé; et il lui passait bien des idées par la tête.

Dix heures sonnèrent en ce moment à l'horloge du château; le pasteur se leva pour se retirer.—Nous serons bien contens d'aller chez vous demain, dirent les enfans, si l'on veut nous le permettre. Cette intention de leur part fit grand plaisir à M. de Verseuil; elle lui annonçait l'heureuse disposition de ses enfans à maîtriser leurs vaines craintes; la veille, ils n'auraient pas eu le courage de songer seulement à entrer chez M. le Curé, si on leur eût dit qu'il y avait un revenant.