Monsieur et M. le comte d'Artois ayant pris leur place, ensuite M. le prince de Condé, la messe fut célébrée par M. le cardinal de la Roche-Aymon. À l'offertoire, Monsieur, conduit par M. le marquis de Dreux, grand maître des cérémonies, alla à l'offrande après les saluts ordinaires; Mgr le comte d'Artois y fut conduit par M. de Nantouillet, maître des cérémonies en survivance de M. Desgranges, et M. le prince de Condé par M. de Watronville, aide des cérémonies.

Après l'offertoire, l'évêque de Sénez prononça l'oraison funèbre. Lorsque la messe fut finie, M. le cardinal de la Roche-Aymon et les évêques de Chartres, de Meaux et de Lombez firent les encensements autour de la représentation. Le roi d'armes, après avoir jeté sa cotte d'armes et son chaperon dans le caveau, appela ceux qui devoient porter les pièces d'honneur. M. le marquis de Courtenvaux apporta l'enseigne des Cent-Suisses de la garde, dont il est le capitaine-colonel; M. le prince de Tingry, M. le duc de Villeroy et M. le prince de Beauvau apportèrent les enseignes de leurs compagnies, et M. le duc de Noailles, capitaine de la compagnie des gardes écossaises, apporta celle de la sienne. Quatre écuyers du Roi apportèrent les éperons, les gantelets, l'écu et la cotte d'armes. M. le marquis d'Endreville, écuyer ordinaire du Roi, faisant les fonctions de premier écuyer, apporta le heaume timbré à la royale; M. le marquis de Rougemont, premier écuyer tranchant, apporta le pennon du Roi, et M. le prince de Lambesc, grand écuyer de France, apporta l'épée royale. M. le duc de Bouillon, grand chambellan, apporta la bannière de France, M. le duc de Béthune la main de justice, M. le duc de la Trémoille le sceptre, et M. le duc d'Uzès la couronne royale. M. le duc de Bourbon, grand maître de France, en survivance de M. le prince de Condé, mit le bout de son bâton dans le caveau, et les maîtres d'hôtel y jetèrent les leurs, après les avoir rompus. M. le duc de Bourbon cria ensuite: «Le Roi est mort!» et le roi d'armes répéta trois fois: «Le Roi est mort! Prions tous pour le repos de son âme.» On fit une prière, et le roi d'armes cria trois fois: «Vive le roi Louis XVI!» ce qui fut suivi des acclamations de toute l'assemblée, et les trompettes sonnèrent dans la nef.

Les princes, le clergé, les ducs, les officiers et les compagnies furent ensuite traités magnifiquement en différentes salles de l'abbaye.

Cette pompe funèbre a été ordonnée par M. le duc d'Aumont, pair de France et premier gentilhomme de la chambre du Roi en exercice, et conduite par M. Papillon de la Ferté, intendant et contrôleur général de l'argenterie, menus plaisirs et affaires de la chambre de Sa Majesté, sur les dessins du sieur Michel-Ange Challe, chevalier de l'ordre du Roi, dessinateur ordinaire de sa chambre et de son cabinet; et la sculpture a été exécutée par le sieur Bocciardi, sculpteur des menus plaisirs du Roi.

(Gazette de France du 29 juillet 1774.)


DESCRIPTION
DU MAUSOLÉE ÉRIGÉ DANS L'ABBAYE ROYALE DE SAINT-DENIS POUR LES OBSÈQUES DU FEU ROI.

L'extérieur de ce temple auguste, consacré depuis plusieurs siècles aux tombeaux de nos Rois, étoit tendu de deuil. Des voiles lugubres qui s'élevoient jusqu'aux tours étoient traversés au milieu et aux extrémités par trois litres de velours noir, couverts des armes et des chiffres de Sa Majesté. Au-dessus de l'entrée principale s'élevoit, sous une voussure de marbre gris veiné de noir, le double écusson des armes de France et de Navarre, couvert d'une couronne royale. Plusieurs anges les arrosoient de leurs larmes, et les ornoient de guirlandes de cyprès. Des termes de bronze soutenoient aux deux côtés le couronnement de cette voussure, dont les compartiments étoient ornés de roses antiques. Le dessus étoit terminé par une urne cinéraire de lapis-lazuli que des génies célestes de marbre blanc entouroient de festons et de branches funèbres. Les portes latérales étoient couronnées, au-dessus du litre inférieur, par de riches encadrements de marbre gris, terminés par des tympans sur lesquels étoient des lampes funéraires. Ces ornements renfermoient des cartouches dorés au milieu desquels, sur des fonds d'azur, les lettres initiales du nom de Sa Majesté étoient relevées en or. Le sombre appareil de ce portique conduisoit dans le camp de douleurs. Le deuil qui l'environnoit s'étendoit jusqu'à la voûte et renfermoit, entre des litres ornés et placés comme les précédents, de grands et magnifiques cartouches soutenus par des anges. Ces supports des armes révérées de nos Rois étoient occupés à les suspendre et à les orner de lugubres cyprès. Les chiffres de Sa Majesté qui les accompagnoient, renfermés pareillement dans de riches ornements, étoient comme les précédents relevés en or sur des fonds d'azur et de même soutenus par des génies célestes qui les entouroient de rameaux funèbres. Le camp de douleurs étoit terminé par une grande pyramide de porphyre rouge, placée à son extrémité. Elle présentoit dans son soubassement de granit gris l'entrée du sanctuaire et du chœur. La forme de cette entrée, élargie par le bas, portoit le caractère consacré à ces tristes monuments; elle étoit couverte d'un fronton sous lequel on lisoit ces paroles de l'Écriture sainte, écrites en lettres d'or sur un fond de pierre de parangon:

DIES TRIBULATIONIS ET ANGUSTIÆ,
DIES CALAMITATIS ET MISERIÆ,
DIES TENEBRARUM ET CALIGINIS,
DIES NEBULÆ ET TURBINIS.

Des degrés élevoient un socle au-dessus de ce fronton, sur lequel l'image de la Mort couverte d'un linceul, faite en marbre blanc, présentoit d'une main une horloge, symbole de la rapidité du temps qui fuit sans retour. Les attributs qui la caractérisent étoient sous ses pieds, ainsi que ceux qui distinguent les grandeurs des maîtres de la terre. Deux bas-reliefs de bronze antique présentoient aux deux côtés, dans des enfoncements pris dans le soubassement, des œuvres de miséricorde. Deux voussures dessous ces bas-reliefs renfermoient dans leurs profondeurs des urnes de marbre vert-vert de forme antique, ornées de bas-reliefs, de cannelures torses et de rinceaux. Les angles de ce soubassement étoient terminés par des colonnes isolées de serpentin, avec des bases et des chapiteaux de marbre blanc; elles portoient des lampes de bronze doré, dont la lumière sombre éclairoit ce triste appareil. Le haut de cette pyramide étoit terminé par une urne cinéraire d'albâtre oriental, entourée de festons de cyprès en or. Des faisceaux lumineux étoient distribués autour du camp de douleurs et placés au bas des ornements qui renfermoient les armes et les chiffres de Sa Majesté Louis le Bien-Aimé. L'entrée de la pyramide conduisoit dans le sanctuaire, où sont déposés les précieux restes des cendres de nos Rois. Leurs tombeaux étoient couverts de voiles funèbres qui s'étendoient dans toute son enceinte et qui couvroient entièrement la voûte et le pavé. Les stalles, sans aucuns ornements, servoient de soubassement à un ordre de pilastres ioniques qui entouroient le chœur, le jubé et le sanctuaire. Ces pilastres, de marbre bleu turquin, portoient sur un arrière-corps de marbre gris veiné de noir, et séparoient les arcades des galeries, qui des deux côtés s'étendoient du sanctuaire au jubé. L'entablement de cet ordre portoit un attique de même bleu turquin dont les fonds noirs, entourés d'hermine, servoient d'encadrement aux armes et aux chiffres de Sa Majesté Louis le Bien-Aimé. Au-dessus du vide des arcades, des cadres de marbre gris, portés sur des acrotères de bleu turquin, renfermoient dans des cartels en or les écussons des armes de France et de Navarre, sous une couronne royale; ces ornements étoient couverts de rameaux de cyprès disposés en sautoir. Des nuages élevoient les génies célestes qui servent de supports aux armes de nos Rois. Les chiffres de Sa Majesté, relevés en or sur des fonds d'azur, étoient également soutenus par des anges. Ces armes et ces chiffres, alternativement distribués sur la cimaise de la grande corniche, servoient de couronnement aux arcades des galeries qui environnoient le chœur. Chacune des arcades étoit couronnée sur sa clef d'un grand cartouche en or, au milieu duquel on voyoit une tête de mort ailée, couverte d'un voile lacrymatoire en argent. De grands rideaux noirs, coupés par des bandes d'hermine, sortoient des ailettes de leurs archivoltes. Ces voiles lugubres étoient retroussés par des nœuds et des cordons à glands d'or sous les impostes et découvroient la profondeur des galeries qui environnoient le chœur, dans lesquelles étoient des gradins qui formoient un amphithéâtre tendu de noir. Chacun des pilastres portoit des gaînes d'améthyste, cannelées et ornées de guirlandes de laurier en or; elles servoient de base à des lances chargées de trophées et de dépouilles militaires. Deux corps de balustrades de bronze doré, dont les pilastres et les plates-bandes étoient de marbre noir, renfermoient cinq degrés qui séparoient le chœur du sanctuaire et conduisoient à l'autel. Les gradins faits en bronze étoient ornés d'entre-lacs, de rosettes et de fleurs de lys dorées et servoient de base à un riche retable qui renfermoit trois bas-reliefs dans des cadres de vermeil. Un socle de bronze doré, orné de compartiments à feuillages, portoit entre trois rangs de lumières, chargées d'écussons aux armes de France, une croix de vermeil enrichie de pierres précieuses. La corniche de l'arrière-corps du retable, soutenue par des colonnes de bronze, soutenoit des vases en argent chargés de girandoles garnies d'une très-grande quantité de feux qui s'unissoient au premier cordon de lumière qui entouroit l'enceinte du chœur. Les vertus paisibles et héroïques qui ont toujours été chéries du monarque, figurées par la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance, étoient représentées par des femmes distinguées chacune par ses attributs. Ces figures, enfermées dans de riches cartels dorés, étoient en relief et relevées en or sur un fond d'azur. De semblables encadrements présentoient, au-dessus du jubé, la Paix et la Clémence. Au-dessous, sur les arrière-corps, entre les pilastres, des cartels en relief portoient des écussons en or, couverts des armes de France. Leurs ornements étoient terminés par un cercle de lumières. Les gaînes qui couvroient chacun des pilastres de l'ordre ionique qui entouroit le chœur, soutenoient chacune au bas des trophées trois girandoles couvertes de faisceaux de lumières. Les pilastres de la balustrade du jubé, au-dessus de la porte de l'entrée du chœur, élevoient chacun des gerbes de feux. Le plafond des stalles portoit le premier litre de velours noir, parsemé de fleurs de lys en or et de larmes en argent. Des écussons suspendus à une guirlande d'hermine présentoient les armes et les chiffres de Sa Majesté. Le dessus de ce litre formoit la base d'un cordon de lumières soutenu sur des fleurs de lys en relief et en or. La frise de l'entablement ionique portoit le second litre. Sur la cimaise de la corniche, des branches saillantes et des girandoles placées sur l'aplomb des pilastres, formoient le second cordon de lumières. Le troisième étoit élevé sur la corniche de l'attique, au-dessous du dernier litre, orné comme les précédents, d'écussons suspendus à des festons d'hermine. Ce litre renfermoit et terminoit à son extrémité la décoration de cette pompe funèbre. Au milieu de ce triste appareil s'élevoit un monument consacré à l'éternelle mémoire du très-grand, très-haut, très-puissant et très-excellent prince Louis le Bien-Aimé, roi de France et de Navarre. Cet édifice, dont le plan formoit un parallélogramme, présentoit un temple isolé, dont le solide, de vert antique, étoit élevé sur six degrés de serpentin de Canope. Quatre groupes de cariatides faites en marbre de Paros, dont les fronts étoient couverts de linceuls et de voiles funèbres, exprimoient la plus grande douleur; elles paraissoient recueillir leurs larmes dans des urnes lacrymatoires. L'extrémité inférieure de ces figures étoit terminée en gaîne. Elles portoient chacune sur leur tête un chapiteau d'ordre ionique, couvert d'entre-lacs qui formoient des corbeilles, sur lesquelles posoit un entablement orné de quatre frontons. Les deux qui couronnoient les parties latérales portoient chacun sur leur fond un carreau couvert de fleurs de lys, sur lequel étoient posés la couronne royale, le sceptre et la main de justice, accompagnés de branches de cyprès. Au-dessous de ces ornements, sous le larmier qui formoit la corniche, deux tables de jaspe renfermoient ces paroles des saintes Écritures. La première, du côté de l'évangile: