XII
LETTRE DE MADAME WASHINGTON.

«Au commencement de la guerre actuelle, les Américaines ont manifesté la plus ferme résolution de contribuer de tout leur pouvoir à l'affranchissement de leur pays. Animées du plus pur patriotisme, elles sont on ne peut plus affligées de n'avoir pu offrir jusqu'à présent que des vœux impuissants pour le succès d'une aussi glorieuse révolution. Elles aspirent au bonheur de se rendre plus efficacement utiles, et ce sentiment est universel du nord au sud des treize États unis. Nos sentiments sont enflammés par la célébrité de ces héroïnes de l'antiquité qui ont illustré leur sexe, et prouvé à l'univers que si la faiblesse de notre constitution physique, si l'opinion et l'usage nous défendent de marcher à la gloire par les mêmes sentiers que suivent les hommes, nous devons au moins les égaler et même les surpasser en amour pour le bien public. Je me glorifie de tout ce que mon sexe a fait de grand et de recommandable. Je me rappelle avec enthousiasme et admiration tous ces traits de courage, de constance et de patriotisme que l'histoire nous a transmis; tant de fameux siéges où on a vu les femmes oublier la délicatesse de leur sexe, élever des murailles, ouvrir des tranchées avec leurs faibles mains, fournir des armes à leurs défenseurs, lancer elles-mêmes des dards à l'ennemi, résigner leurs biens et les recherches de leur parure pour en verser le produit dans le trésor public, et hâter la délivrance de leur pays; s'ensevelir elles-mêmes sous ses ruines, et se jeter dans les flammes plutôt que de survivre à sa destruction. Nous sommes certaines que quiconque n'applaudit pas à nos efforts pour le soulagement des armées qui défendent nos vies, nos possessions, notre liberté, ne peut être un bon citoyen. La situation de nos troupes m'a été représentée, ainsi que les maux inséparables de la guerre, et le ferme et généreux courage qui les leur a fait supporter. Mais on a dit qu'ils avaient à craindre que, dans le cours d'une longue guerre, on ne perdît de vue leur détresse et le souvenir de leurs services. Oublier leurs services! Non, jamais. J'en réponds au nom de tout mon sexe. Braves Américains, votre désintéressement, votre courage et votre constance seront toujours chers à l'Amérique aussi longtemps qu'elle conservera ses vertus.

»Nous savons que si, éloignées à quelque distance de la guerre, nous jouissons de quelque tranquillité, c'est le fruit de votre vigilance, de vos travaux, de vos dangers. Si je vis heureuse avec ma famille; si, entourée de mes enfants, je nourris moi-même le plus jeune et le presse contre mon sein, sans craindre d'en être séparée par un féroce ennemi, c'est à vous que nous en sommes redevables.

»Et nous hésiterions un instant de vous en témoigner notre reconnaissance!...

»Quelle femme parmi nous ne renoncera pas avec le plus grand plaisir à ses vains ornements, lorsqu'elle considérera que les vaillants défenseurs de l'Amérique pourront retirer quelque avantage de l'argent qu'elle aurait pu y destiner; qu'ils mettront peut-être un plus haut prix à ces présents, lorsqu'ils auront lieu de se dire: Ceci est l'offrande des dames! Le moment est arrivé de développer les mêmes sentiments qui nous ont animés au commencement de la révolution, lorsque nous renonçâmes à l'usage du thé plutôt que de le recevoir de nos persécuteurs...

»Et vous, nos braves libérateurs, tandis que des esclaves mercenaires combattent pour vous faire partager avec eux les chaînes dont ils sont chargés, recevez d'une main libre notre offrande, la plus pure qui puisse être présentée à votre vertu.»

XIII

La nouvelle de ce désastre avait vivement surexcité en France la fibre nationale. Le Roi ordonna immédiatement la construction de douze vaisseaux de 110, 80 et 74 canons. Les chantiers de nos différents ports rivalisèrent d'activité. Monsieur, le comte d'Artois, donnèrent de leur côté des ordres pour la construction, à leurs frais, d'un vaisseau de premier rang pour être offert au Roi.