Quelques-uns cependant, c'étaient ceux, jeunes filles et jeunes garçons, réservés au service intime; quelques-uns avaient des noms choisis, capricieux, passionnés: Hyacinthe, Narcisse, Phryné, Nocére.
Dans les colonies, où on les tient pour si peu d'importance, qu'une créole s'habille devant son nègre, comme une Parisienne devant son king's-charles, leurs noms sont ridicules: Jupiter, Pierrot, Jeannot, Tartufe, Pourceaugnac[24]. Il y avait neuf cents Jacquot à Bourbon.
[Note 24: Assises de la Pointe-à-Pitre, 1855.]
L'esclavage, qui, chez nous, comme autrefois chez les païens, avilit à la fois l'homme et l'humanité, n'est, chez les musulmans, qu'une condition inférieure, rien de plus.
Un fait bien singulier, c'est que le seul des compagnons du Prophète qui soit nommé dans le Coran est Saïd, son affranchi.
En résumé, nos lois sur l'esclavage, si elles étaient justes relativement, n'avaient point ce caractère religieux de la loi musulmane. Rancunières, pour ainsi dire, elles classaient, comme le blanc, le nègre à sa naissance et après sa mort, mais sur un registre à part. Elles ne les conduisaient point de l'arrivée au départ de la vie par la voie droite; elles lui faisaient prendre un détour; l'état civil en faisait presque un citoyen, le baptême en faisait un chrétien, l'éducation en pouvait faire un homme; il restait chose dans tout cela. C'est ou trop on trop peu.—Nous avions mieux à faire; et je ne veux pas dire que ce mieux soit résulté de l'émancipation et de l'abolition de la traite.
III.
De l'émancipation.
L'abolition de la traite et l'émancipation, comme moyen d'améliorer le sort des races nègres et de les régénérer, sont deux sophismes de bonne foi que nous a légués le dix-huitième siècle.
Inclinons-nous pourtant devant cette loyale erreur qui, si elle a tous les défauts d'un premier mouvement, en a toutes les qualités; et qui, pour avoir failli dans la mise en pratique de ses théories généreuses, n'en témoigne pas moins du grand coeur de ses promoteurs.