«Quelques années encore, et cultures, plantations, bestiaux, bâtiments, usines, tout eût été anéanti; car le mal avait été si grand que, plus tard, les propriétaires en reprenant leurs possessions ont préféré les abandonner en les vendant ou en portant ailleurs le petit nombre de bras qui leur restaient[26].»
[Note 26: Annales maritimes (avril 1844).]
Le Consulat rétablit enfin l'esclavage «conformément aux lois et règlements existant avant 89.»—Il renvoyait les pauvres nègres au triste régime du Code noir. La Convention et le Consulat avaient tous les deux été trop loin, chacun en sens inverse.
Il est vrai que cette loi de 1802 ne fut point mise à exécution, faute à nous d'avoir pu conserver les colonies que nous avait rendues la paix d'Amiens. Toutefois, elle exista jusqu'à la Restauration à l'état latent.
Mais en même temps que la France, éclairée par son école ruineuse d'émancipation, tendait à revenir de ses théories abolitionnistes, ces mêmes théories, jusque-là inexpérimentées par l'Angleterre, y faisaient des progrès rapides.
Aussi voyons-nous Louis XVIII s'engager par le traité de 1814 «à unir ses efforts à ceux de l'Angleterre pour faire prononcer par toutes les puissances de la chrétienté l'abolition de la traite des noirs et déclarer qu'elle cesserait, dans tous les cas, de la part de la France, dans le délai de cinq ans[27].»
[Note 27: Traités de 1814 et 1815.]
On a trop accusé l'Angleterre d'avoir entaché de calculs intéressés son prosélytisme antislaviste.—M. de Lamartine l'en a noblement vengée[28]. Ce n'est point dans cet ordre d'idées qu'il faut aller chercher la faute qu'elle a commise et dont toutes les puissances européennes sont avec elle solidaires: elle s'est abusée sur les résultats de l'abolition de la traite et de l'émancipation, voilà tout; qu'un Wilberforce nouveau surgisse et complète l'idée première dont son devancier s'était fait l'apôtre, par une idée plus large, à la fois répressive de la traite et régénératrice de la race nègre tout entière, l'Angleterre s'y associera certainement.
[Note 28: Discours de M. de Lamartine à la Chambre des députés, 1835;—aux banquets pour l'abolition, 1840-1842.]
Mais en 1814, où nous l'avons laissée tout à l'heure, c'était beaucoup oser déjà que d'appeler l'Europe à la croisade abolitionniste, et d'y recruter le roi de France.