On nous a dit: «Vous ferez les nègres chrétiens, oui, de nom, si l'on ajoute le baptême à toutes les autres violences, sinon, non.» Nous avons répondu par ce fait qu'ils se font chrétiens sans violence dans les colonies; que le père Gaver, seul avec sa charité, en a baptisé plus de trois cent mille au dix-huitième siècle, et qu'au contraire c'est par la violence que les Fellahs les ont faits musulmans du Niger au lac Tchad.

On nous a objecté que «nous ravivions la chasse à l'homme; que cette chasse serait primée et soudoyée par la France;» nous avons prouvé qu'elle existe comme autrefois, sans suppression possible dans l'état actuel des choses, primée et soudoyée qu'elle est par la traite de contrebande, et qu'à supposer que nous la ravivions pour un moment, nous y mettrions fin dans un temps prévu.

On nous a appelé «négrier philanthrope.» La même honorable injure avait
assailli le fondateur de Libéria et, pendant quarante ans, poursuivi
Wilberforce; l'un a vécu sur sa devise: Je sait que ce dessein est de
Dieu
; l'autre est mort en disant: Ce que j'ai fait est bien.

Les gouvernements européens ont fait de l'esclavage ce que l'édilité des grandes villes fait des immondices. Montfaucon n'existe-t-il pas pour être en dehors de Paris? Mais qui donc semble y croire, sinon par quelques bouffées de vent que corrige bien vite un mouchoir parfumé? Eh bien! nous nous sommes placé, nous, au centre du Montfaucon africain et nous vous déclarons, à vous qui niez son infection à distance, que notre coeur bondit à l'odeur de ce charnier que vous protégez d'un cordon sanitaire.