Massacre par le sabre, la fusillade et la mitraille, au coin des rues, sur les places publiques, dans la cour du palais de la présidence et jusque dans la Chambre des représentants, de ministres, de sénateurs, de généraux, de fonctionnaires, de bourgeois, tous plus ou moins jaunes ou suspects, à ce point que plusieurs administrations cessèrent de fonctionner faute d'écrivains.

Port-au-Prince pacifié, il fallait pacifier le sud: Soulouque s'y fait suivre par une armée et par les anciens bandits d'Accaau, semant sur sa route des proclamations qui toutes commençaient par quiconque, et se terminaient invariablement par sera fusillé.

Massacre par exécution sommaire, par commission militaire, par irruption, par guet-apens aux Cayes, à Aquin, à Jérémie, à Cavaillon, où le chef de bande Voltaire Castor, ancien forçat, poignarde de sa main soixante-dix noirs, compromis par leurs relations avec les mulâtres, et coupables d'être riches, en vertu de cet axiome d'Accaau: Nègue riche cila mulate.

C'est ainsi que Soulouque préludait à sa mascarade impériale, avec ses ducs de Marmelade, de Limonade et de Trou-Bonbon; ses comtes de Coupe-Haleine, de la Seringue, de Numéro-Deux; ses barons de Gilles-Azor, ses chevaliers de Métamour-Bobo, et toute une aristocratie de chimpanzés, dont les noms incroyables illustrent le Moniteur haïtien; mais sans une gourde dans le trésor public d'où ne sortent que des assignats, sans un navire dans les ports, sans industrie, sans commerce, sans agriculture sur le sol le plus fécond du monde.

Saint-Domingue exportait autrefois pour 150 millions de produits que M. Thiers[14] évalue à 300 millions de valeur actuelle.—Haïti n'en exporte pas 12 aujourd'hui.

[Note 14: Histoire du Consulat et de l'Empire.]

La situation morale de ce peuple régénéré va de pair avec sa situation économique. «Haïti a des journaux et des sorciers, un tiers parti et des fétiches; des adorateurs de couleuvres y proclament tour à tour depuis cinquante ans,» en présence de l'Être suprême, «des constitutions démocratiques et des monarques par la grâce de Dieu[15].»

[Note 15: D'Alaux, lieu cité.]

L'histoire d'Haïti peut se résumer en deux lignes: extermination des blancs,—extermination des mulâtres,—extermination des nègres entre eux.

Libéria.—Haïti.