(Les Sicules de la Transylvanie ont religieusement gardé les noms et les autres souvenirs de cette glorieuse époque. Ils affectionnent la ville d'Udvarhely, parce que la tradition rapporte qu'Attila y a campé. Ils nomment une montagne située près de cette ville, Bud' vára, «fort de Buda», parce que le frère d'Attila y a construit des retranchements qui se voient encore. Ils appellent Kadcisfalva, «village de Kadicsa», un village voisin, fondé par Kadicsa, un des quatre chefs sous lesquels les Huns entrèrent en Europe. Attila n'est pas seulement un héros national pour les historiens hongrois: il l'est encore aujourd'hui pour les Sicules [43].)

[Note 43: ][ (retour) ] Il y a même une famille, les barons Apor, qui passe aux yeux de tous pour tirer son origine d'Attila.

Il m'est arrivé un jour de regarder une copie de ce tableau de Rubens ou de Rembrandt que l'on appelle, si je ne me trompe, le Porte-Étendard, en présence d'un paysan sicule, qui certes n'était pas savant. Ce paysan me voyant en face du tableau, s'écria: Attila, Székely király, «Attila, roi des Sicules». En effet, le nom d'Attila se lisait à côté du drapeau. Ce nom seul disait beaucoup. Je fus charmé d'entendre cet homme parler ainsi, et, pour le mettre à l'épreuve, je haussai les épaules en disant: Attila nem vólt Székely, «Attila n'était pas Sicule».--Nem? «non?»... répliqua-t-il aussitôt. Attila Magyar király. «Attila, roi des Hongrois», cria-t-il alors, pensant que que je lui accorderais cela plus facilement; et il me regarda fixement, pour deviner ma réponse, de l'air d'un homme auquel on a fait tort.

Après la défaite de Châlons et la destruction d'Aquilée, Attila revient dans ses états--la Hongrie et la Transylvanie--et meurt. Dès cette époque les Huns s'affaiblissent. Leur puissance va bientôt tomber.

Attila laisse trois fils: Ellak, qui du vivant de son père était roi des Acatzes, près de la mer Noire; Dengezisch et Irnak.

(Les historiens parlent encore d'un Chaba ou Kaba qui serait le quatrième fils d'Attila. C'est une erreur. Kaba et Dengezisch ne sont qu'un seul personnage. Les Huns donnèrent à Dengezisch le surnom de Kaba, à cause de ses guerres malheureuses. Kába veut dire en hongrois «fou, étourdi» [44].)

[Note 44: ][ (retour) ] Transsilvania, sive magnus Transsilvaniæ principatus, olim Dacia Mediterranea dictus, auctore Josépho Benkö, Transsilvano-Siculo. Claudiopoli, edit. sec., 1834.

Les fils d'Attila se disputent le pouvoir. Les nations soumises profitent de ces discordes pour se révolter. Ellak est battu et tué par les Gépides. Dengezisch, qui lui succède, est vaincu par les Goths. Une partie des Huns gagne la Petite-Scythie: l'autre se fait battre par les Grecs. Dengezisch, à la tête de ce qui reste de Huns, attaque les Goths: vaincu, il se jette sur les Grecs, éprouve une seconde défaite et trouve la mort. Les Huns se dispersent, ils mettent à leur tête Kuturg Ur et Uturg Ur. Ceux qui obéissent à Uturg restent dans la Scythie, où s'était établi Irnak, troisième fils d'Attila.

(La Scythie prend alors le nom d'Hunnivár [45], qui signifie en hongrois «citadelle des Huns».)

[Note 45: ][ (retour) ] Du Buat, Hist. anc. des peuples de l'Europe, t. 8, ch. 3.

Les guerriers de Kuturg vont au delà de la mer d'Azow. Les uns et les autres s'unissent aux Avars, qui ne tardent pas à arriver. De là on les appelle Hunni-Avares.