Prenant courageusement leurs jambes à leur cou, M. Baboulifiche et Papavoine avaient cherché leur salut dans la fuite, mais tous leurs efforts furent inutiles. De tous côtés ils rencontraient des légions de bêtes, toutes plus affreuses les unes que les autres et qui semblaient les regarder avec convoitise.—Croyant bien leur dernière heure venue, M. Baboulifiche sent ses jambes fléchir sous lui, tombe assis et se cache la tête sous son parapluie, pour se dérober au moins le spectacle de tous ces monstres épouvantables.—Il pense, d'ailleurs, avec beaucoup de bon sens, que si ces monstres doivent le dévorer, il n'a pas besoin de les regarder faire.—Partageant la manière de voir de son maître et son envie de ne pas voir, Papavoine vient se réfugier auprès de lui et lui reproche de l'avoir stupidement entraîné dans ce voyage, où ils vont tous les deux trouver la mort et servir de dîner à de sales bêtes inconnues.
Au bout de quelques minutes qui lui parurent fort longues, M. Baboulifiche voyant qu'il n'était pas encore dévoré et que rien ne semblait bouger autour d'eux, se hasarda à sortir la tête de dessous son parapluie et remarqua qu'aucun de leurs ennemis n'avait changé d'attitude.—Alors, malgré les récriminations de Papavoine, à moitié mort de peur, le courageux Président s'en fut observer de plus près ces hideux animaux et son intelligence, supérieure reconnut aussitôt qu'ils étaient tous parfaitement pétrifiés.—M. Baboulifiche le fut lui-même pendant quelques moments, tant sa découverte lui parut bizarre, mais, recouvrant bientôt ses esprits, il s'élança à califourchon sur le dos d'un petit quadrupède à tête d'oiseau en s'écriant joyeusement: «Sac à papier, Papavoine, nous sommes sauvés!»—Encouragé par l'exploit de son maître, Papavoine essaie à son tour de se hisser sur la croupe d'une espèce d'énorme buffle.