La seconde partie du Testament comporte des considérations sur les principes et les maximes de l'art de régner. [ 392]
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I.
LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. MARNEAU[ [869].
26 mars 1736.
Étant plus que persuadé que vous me continuez toujours une part dans votre cher souvenir, je n'ai pu manquer à vous notifier de ma main propre ce que vous aurez peut-être déjà appris par les avis publics, qu'après mille révolutions, persécutions et maladies mortelles dans mes voyages, non seulement il m'a réussi, avec l'assistance divine, de me tirer des pièges tendus par mes envieux, mais de me voir en état de reconnaître mes bienfaiteurs et amis et d'être et de me voir proclamé Roi et Père de ces fidèles habitants de cette île et royaume de Corsica, lesquels j'ai cherché d'assister au péril de ma vie contre le tyrannique gouvernement des Génois. Comme mes intérêts et avancements vous doivent être chers par la bonne mémoire que vous conservez, je suis sûr, de feu ma chère mère, votre épouse, j'ose me flatter que cet établissement vous sera agréable, vous assurant, Monsieur, que de mon côté, je n'ambitionne autre que de me trouver en situation à pouvoir vous témoigner par des marques essentielles la reconnaissance parfaite, que je vous conserve pour toutes les bontés paternelles que vous avez eues pour moi; et je m'estimerais heureux si vous vouliez prendre la résolution de me venir trouver dans ce bon climat avec ma chère sœur, son mari et toute la famille, vous assurant que je partagerai avec vous mon sort, lequel ayant un peu de repos à pouvoir mettre à exécution certains projets, ne peut être que très avantageux pour moi et pour tous ceux qui m'appartiennent. Mais, comme encore pour le présent, je ne puis jouir de ce repos nécessaire, ayant les ennemis à déloger des deux endroits, priez Dieu pour moi et me continuez votre chère bienveillance.
Soyez assuré je serai pour toujours tout à vous sans aucune réserve.
Le Baron de Neuhoff,
élu Roi de Corsica avec mon nom:
Teodoro il primo.
P. S.—Faites-moi savoir en réponse à celle-ci si vous ou M. de la Grange pourriez vous rendre à Paris pour remettre au Roi mon instance à m'honorer de son royal appui dans mon nouvel établissement, et, en ce cas, j'enverrais une personne accréditée pour connaître ses intentions. J'aurais besoin de deux vaisseaux de guerre que je payerais par mois pour serrer le port de Bastia, capitale du royaume, pendant que par terre je saurai bien vite obliger les Génois de me la remettre. Servez-moi de bon père en cette affaire et ne perdez de temps pour employer vos amis à y parvenir. Il serait en mon pouvoir de satisfaire à bien des frais et dépenses, mais les pertes souffertes et les frais exorbitants que j'ai eus, m'ont mis, pour le présent, en arrière, et n'ai-je le repos nécessaire pour refaire ce qui pourrait me mettre à l'abri d'avoir besoin de secours. Je dois envoyer des sommes considérables à Tunis, en Afrique, pour mes munitions de guerre et le rachat des esclaves corses, que je suis convenu en personne, mais comme inconnu, de racheter, et ai le bonheur d'induire cette Régence à une paix de vingt années avec le royaume de Corse. Ne m'abandonnez pas, et assistez-moi de vos bons conseils; donnez-moi de vos nouvelles au plus tôt, et l'un ou l'autre rendez-vous à Paris pour solliciter mes vues.
Archives d'État de Gênes, archives secrètes: Francia, mazzo 45. Anni 1734-37.