XXVII
DÉPÊCHE DE LORENZI AU COMTE DE MAUREPAS
Florence, le 4 mars 1747.
....... Le nouveau régiment de marine, ayant été achevé de former, prêta le 23 du mois dernier serment de fidélité à M. le grand-duc, qui s'est réservé d'en être colonel, ce qui donne de plus en plus lieu de croire importante sa destination. On prépara audit port les deux barques armées en guerre de S. A. R. pour transporter ce régiment à Porto-Ferraio. Mais on m'assure de fort bonne part qu'il n'y doit être envoyé que pour masquer sa véritable destination. A l'égard de celle-ci, je n'ai jusqu'ici que des avis incertains. Selon quelques-uns, on doit les transporter à Trieste, ce qui serait fort probable, si l'on construit dans ce port les bâtiments dont j'ai eu l'honneur de vous faire mention. D'autres m'ont dit que lesdites deux barques, avec ce régiment, doivent porter le baron Théodore en Corse, ce qui serait conforme au projet de cet aventurier, et dont j'ai eu aussi l'honneur de vous rendre compte. D'autres enfin m'assurent que ce régiment doit aller armer trois vaisseaux de guerre anglais, qu'on dit avoir été achetés par M. le grand-duc, et j'ai d'autant plus lieu de le croire, que, par une autre voie, j'apprends qu'on a fait à Livourne des pavillons aux armes de S. A. R. pour servir à des vaisseaux de guerre. J'ignore l'objet de ces trois vaisseaux, qui pourront être joints par les deux barques sus mentionnées et peut-être encore par deux galères de ce prince; mais on pourrait employer lesdits trois vaisseaux à faire la course contre nous, les Espagnols et les Génois sous le nom d'une compagnie marchande de Vienne, selon le projet, dont j'ai eu l'honneur de vous informer, ou contre la Corse. Il arriva à Florence le soir du 24 du mois dernier le fameux aventurier nommé le chevalier Farinaccio, natif de cette île. Il fut arrêté en entrant dans la ville, en vertu d'un ordre donné plusieurs jours auparavant. L'on n'en sait pas bien le motif, mais quelques-uns prétendent savoir que ç'a été à cause qu'il venait pour tuer le baron Théodore afin de gagner le prix qui est à sa tête. Il est le même qui avait fait des projets aux cours de Vienne et de Turin pour soumettre la Corse à leur pouvoir. Il venait en dernier lieu de Venise.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de Florence, vol. 105.
XXVIII
LETTRE DU BARON DE NEUHOFF[ [879].
11 juillet 1750.
Monsieur,
Ci-joint l'adresse du conseiller bien informé de mes affaires et connu de M. le conseiller Green qui voulait me procurer une avance. Tâchez, je vous prie, Monsieur, de les voir le plus tôt possible, comme de procurer l'argent pour payer dans cette maison, du moins une partie, ne voulant avoir patience d'aucun autre moment passé aujourd'hui, cette femme encouragée à m'affronter, et comptez, Monsieur, que vous n'aurez jamais lieu de vous repentir à vous être bien voulu employer pour moi, étant très sincèrement tout à vous.