CHAPITRE V
La république de Gênes est impuissante à réprimer la révolte en Corse.—Négociations avec la France.—Traité de Fontainebleau.—La mission de Pignon.—Expédition française.—Duplicité des Génois.—Théodore revient en Hollande.—Mathieu Drost.
La réclame dans les gazettes de Hollande.—Nouvelle entreprise commerciale.—Enrôlement des colons.—La cargaison des navires.—Relâche à Malaga et Alicante.—La flotte de Théodore à Cagliari.—Arrivée en Corse.—Le roi malgré lui.—Exécution d'un traître.—Théodore s'en va.—Aventures de ses officiers.
Arrivée de l'Africain à Naples.—Le consul de Hollande.—Arrestation du capitaine Keelmann.—Théodore est arrêté et conduit à Gaète.—Le gouvernement français et les États Généraux de Hollande.
Mort de Boissieux.—Il est remplacé par le marquis de Maillebois.—Nouvelles instructions.—La guerre dans les montagnes.—Frédéric de Neuhoff.—Son odyssée.
I
La révolte en Corse continuait. La république était débordée; elle n'avait plus ni vaisseaux, ni soldats. Ses finances s'épuisaient. Ses agents, dans l'île, la trahissaient. Des trafiquants génois, mettant l'intérêt de leur négoce au dessus de tout principe patriotique, entretenaient la guerre en fournissant aux rebelles des vivres et des munitions[ [419]. Chaque jour on se battait sous les murs de Bastia.
Cette situation préoccupait la cour de Versailles. La pensée d'acheter la Corse perçait, dès cette époque, dans les instructions adressées à Campredon. Tant que la république serait en état de conserver l'île, le gouvernement français n'élèverait aucune compétition; mais le jour où les Génois seraient amenés, par la force des choses, à vendre la Corse, la France ne pourrait permettre à aucune autre puissance d'en faire l'acquisition[ [420].
L'envoyé d'Espagne à Gênes, Cornejo, ne restait pas inactif. Tout en déclarant que sa cour n'avait aucune ambition sur la Corse, il avait des conférences secrètes avec Augustin Grimaldi, un des membres influents du gouvernement génois, chez les jésuites, dans l'appartement du Père Tambin[ [421].
Le ministre de France essayait de déjouer ces intrigues; mais ce n'était pas chose aisée, car il se heurtait à une mauvaise foi insigne et à l'hostilité non déguisée de certains personnages génois. Le gouvernement faisait arrêter les courriers pour prendre connaissance de la correspondance échangée entre Campredon et Amelot[ [422]. La cour de Turin s'alarmait; l'envoyé de l'Empereur, Guicciardi, s'agitait et se montrait inquiet, car on prévoyait que, malgré tout, la république serait forcée de demander des secours à Louis XV, seul souverain en Europe en état de l'aider efficacement[ [423].