Un moine de Malmesbury, écho de la frayeur populaire, s'écriait: « Te voilà revenue et trop tôt, car tu feras pleurer bien des mères. Je t'ai déjà vue, mais tu me sembles plus terrible, et tu me fais redouter la ruine de ma patrie. »
Remarquer la curieuse représentation de la rue.
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PL. IV, n° 36.
Harold.
Voici de nouveau Harold sur son trône, mais il a remplacé son sceptre par un épieu. Il se penche pour mieux entendre les graves nouvelles que lui apporte un homme du peuple. Pour bien caractériser la distance sociale qui le sépare du roi, le dessinateur nous le montre sans manteau, et ayant détaché le baudrier de son épée, qu'il tient à la main, au fourreau, la pointe en bas.
Quel est cet homme? Peut-être celui qui expliquait tout à l'heure, à ses auditeurs effrayés, les malheurs que présageait la comète. Il dit ce qu'il sait du phénomène, et fait part de la frayeur de la foule.
Les petits navires de la bordure nous amènent à penser qu'il annonce plutôt l'invasion de l'Angleterre; des auteurs ont cru qu'il fait allusion à la flotte que Tastig prépare en Norvège [74]? Mais la Tapisserie est un exposé trop simple des événements normands, pour qu'on puisse admettre que le dessinateur ait voulu représenter un incident qui leur est aussi étranger, et nous admettons de préférence, avec Freeman [75], que cette conversation éveille, dans la pensée du roi, l'image de la flotte que Guillaume ne peut manquer de construire, pour conquérir le royaume d'Angleterre, qu'il considère comme [p. 79] sien. Dans cette hypothèse, l'homme, admis auprès du roi, serait celui qui, dans la bordure du haut de la scène suivante, observe le départ du navire portant à Guillaume les nouvelles d'Angleterre.