Nous avons déjà dit que ce n'est pas une Tapisserie, mais une broderie sur une longue bande de toile, formée de huit morceaux, réunis par des coutures si fines qu'il faut un examen attentif pour les constater [120]. Elles se distinguent notamment des raccommodages qu'on rencontre de-ci de-là.
Le premier morceau comprend le voyage de Harold, sa captivité en Ponthieu et se termine par sa remise à Guillaume.
Le second morceau représente son séjour à la cour du duc normand, la guerre de Bretagne, son serment, son retour en Angleterre et l'enterrement d'Edouard. Ces deux bandes se rejoignent mal, et l'œil le plus distrait est frappé de la différence de largeur de la bordure haute (Pl. II, n° 15).
Les autres jonctions sont plus heureuses: la prochaine [p. 149] est dissimulée dans les constructions du palais royal d'Angleterre (Pl. IV, n° 30). Le fragment suivant nous fait assister à la mort d'Edouard, au couronnement de Harold, puis à la construction de la flotte normande.
Voici maintenant une quatrième partie qui nous montre d'abord, le groupe des compagnons de Guillaume s'embarquant pour l'Angleterre (Pl. V, n° 43), puis la traversée de la Manche, le débarquement, enfin les apprêts du repas (Pl. V, n° 48).
Sur la cinquième nous voyons le repas béni par l'évêque Odon (Pl. V, n° 49), la construction du camp et les préparatifs du combat. Dans l'inscription nous lisons et venerunt. Le fragment suivant comprend ces mots: ad prelium contra Haroldum; il nous montre les éclaireurs des deux partis venant faire leur rapport; puis il nous fait assister au défilé de l'armée normande (Pl. VI, n° 56).
Le septième fragment commence au mot exercitum (Pl. VI, n° 59). Il nous donne les premiers incidents de la bataille, la mort des frères de Harold et se termine lorsque Guillaume ôte son casque pour se montrer à ses hommes et les rallier. La couture est entre les mots hic et franci (Pl. VI, n° 61).
Le huitième et dernier fragment termine la Tapisserie. Il nous représente la fin de cette lutte acharnée, l''énergique intervention dOdon et de Guillaume, la mort de Harold et enfin la fuite de l'armée anglaise.
Ces morceaux sont de longueurs très diverses: évidemment chacun fut confié à une ouvrière différente.
Deux espèces de fils de laine sont employées dans cette broderie: l'une, destinée à couvrir les larges espaces, est beaucoup moins tordue que l'autre, sorte de cordonnet, réservé pour fixer les traits du dessin, [p. 150] préciser les contours et ne couvrir que les très petits espaces.