La jeune femme verse l’eau chaude sans omettre de me congratuler selon les règles. Elle a de beaux yeux, dont la nuance grise étonne, et un visage régulier. C’est une vraie citadine à la peau blanche, aux allures langoureuses; mais des éclairs traversent parfois ses prunelles, sous l’ombre des cils palpitants...

Elle me présente sa sœur Mina, une grande fille timide et pâle, à l’air niais; puis elle m’apporte de l’eau de rose et un mouchoir brodé qu’elle tient à m’offrir.

Une humble allégresse anime le petit patio: des canaris gazouillent en leurs cages, quelques plantes égayent des poteries grossières, et le soleil glisse de beaux rayons dorés jusqu’à la margelle d’un puits ouvrant son œil presque au ras du sol, dans un vétuste encadrement de mosaïques.

5 décembre.

Les vêtements des Marocaines ne sont point, comme les nôtres, de coupe compliquée. La tchamir, le caftan et la tfina—tuniques superposées, en forme de kimonos,—ne diffèrent que par le tissu, et se taillent sur un même modèle.

Le tchamir est de percale blanche; le caftan, de drap, de satin ou de brocart aux couleurs vives; la tfina, toujours transparente, en simple mousseline ou en gaze d’impalpable soie.

Une ceinture, brodée d’or, retient les plis autour de la taille; une cordelière relève l’ampleur des manches. Les pieds, teints de henné, chaussent négligemment des cherbil en velours, où s’enlacent les broderies à l’éclat métallique.

Les cheveux se dissimulent sous la sebenia, large foulard de soie, parfois couronnée d’un turban.

Ce sont bien les vêtements lourds, embarrassants et vagues, convenant à ces éternelles recluses qui, d’une allure toujours très lasse, évoluent entre les divans... Les fillettes et les aïeules portent des robes identiques. Seulement les matrones adoptent des nuances plus sévères, et, puisque leur temps de plaire est passé, elles se gardent des tissus aux dessins fantaisistes qui font le bonheur des jeunes femmes.

Dès qu’une batiste nouvelle, un satin jusqu’alors inconnu, sont mis en vente à la kissaria[24] toutes les Musulmanes de Meknès se sentent ravagées d’un même désir.