Lella Oum Keltoum exècre sa mère, ses négresses et les parentes de son entourage. Elle les maudit, par derrière, d’effroyables malédictions.
—Puissent les punaises rouges te dévorer tout entière.
—Puisse ta langue enfler dans ta bouche et t’étouffer.
—Puisse ton ventre se couvrir de lèpre!
—La cécité dans tes yeux, s’il plaît à Dieu!
Elle affirme son autorité sur les esclaves comme une enfant rageuse, leur jette ses babouches au visage, les humilie et les frappe haineusement.
Lella Oum Keltoum éprouve une joie mauvaise en me contant les tourments qu’elle leur inflige. Ses veux de chatte, vifs et perçants, luisent de cruauté...
Chaque jour cependant approche le terme de son malheur. Qui saurait modifier les arrêts d’Allah?
—Pourquoi, lui dis-je, refuses-tu d’épouser Mouley Hassan. Il est riche, noble et grand parmi les grands!... Combien de vergers, de terres et de belles demeures il possède! Il te donnerait beaucoup de présents.
—Il est vieux, réplique-t-elle d’une voix irritée, il a trois femmes, et moi je veux mon cousin Mouley El Fadil...