—Qu’importe! Maintenant elles me craignent, et, si je reste ici, qu’ai-je à faire avec elles?

Rabha jubile encore de sa ruse!... C’est une toute petite fille, frêle et douce, qui paraît six ans à peine.

6 février.

Rabha gazouille tout le jour, de sa petite voix grêle. Ses chansons se répètent indéfiniment, sur un obsédant mode plaintif, et ne signifient pas grand’chose:

O huile d’argan!
O huile!
O notre huile à nous!
O notre huile bénie!
O huile d’argan!
O huile!

Durant des heures, nous l’entendrons vanter les mérites de l’huile, puisqu’elle a commencé sur ce thème. Demain, elle célébrera le Prophète avec la même constance.

10 février.

Vrais joyaux des Mille et Une Nuits, les bijoux des Marocaines sont lourds et somptueux. Ils s’harmonisent avec les soieries trop magnifiques, les fards trop violents, les parfums trop enivrants, les demeures trop luxueuses.

Ils éclipsent la beauté des femmes, ils éblouissent, ils accablent... Les khelkhall, qui s’entrechoquent au moindre pas, pèsent aux fines chevilles qu’ils enserrent. Les anneaux meurtrissent et déforment les oreilles, malgré la chaînette qui les soutient sur la tête. Les énormes pierreries jettent un éclat dont la brutalité blesse et déconcerte.

Dans les demeures en fête, il y a des femmes vêtues de brocarts et plus étincelantes que des idoles.