Regret d’un amour qu’elle aurait éprouvé pour l’inconstant mari?...
Ou, plus simplement, volupté des bijoux, toujours palpitante au cœur des femmes?...
Lella Fatima Zohra resserre les cassettes et les bijoux merveilleux.
Son visage n’a point changé.
Il garde son secret sous une constante et sereine expression d’apathie.
1ᵉʳ mars.
Étrange isolement des harems, si bien à l’écart que les tragiques convulsions du monde n’y parviennent même pas en échos assourdis... Des milliers de petites vies se déroulent derrière les murs, paisibles, insouciantes et monotones, affairées à de petites choses, assombries de petits soucis, éclairées de petites joies, sans percevoir le râle formidable des peuples...
Douce ignorance, quiétude parfaite de la pensée, tandis que nous haletons d’horreur et d’angoisse dans le même temps, nous qui ne voyons pas davantage, mais qui savons!...
2 mars.
Une avenue descend de la ville vers les remparts, large et d’un aspect inhabituel. Les murs d’une mosquée s’élèvent à droite, un palmier les dépasse qui semble regarder dans la rue. De l’autre côté s’alignent les échoppes où travaillent des Juifs: bijoutiers, fabricants de lanternes et de babouches, tisseurs de galons, marchands d’épices. Tout au bout, une porte s’ouvre sur le Mellah, le lieu salé. C’est là que, jadis, les Juifs, désignés aux besognes nauséabondes, tannaient les peaux de bêtes et les salaient. Lorsqu’un Sultan revenait d’une expédition, il leur envoyait aussi les têtes des rebelles, pour être préparées dans la saumure. Ensuite elles étaient fichées le long des enceintes afin de marquer les exploits du souverain, tout en médusant ses ennemis d’un grand effroi... Cuites et recuites au soleil d’été, puis lamentables sous les pluies diluviennes, elles restaient des mois à fixer le bled, de leurs yeux morts, vidés par les rapaces.