Je me lève...; aussitôt, mû par un ressort, le négrillon cabriole et s’élance d’une patte sur l’autre. Il atteint la petite porte, celle que les hommes ne doivent point franchir, la bouscule, se précipite à travers le vestibule, pirouette et roule jusqu’à l’extrémité du patio.
De suprêmes rayons irisent encore les arcades au-dessus desquelles s’élèvent, gigantesques et délabrées, les murailles de Mouley Ismaïl. Cette demeure toute neuve, spacieuse, miroitante de mosaïques, est une surprise inattendue égale à celle du jardin... Des canards barbotent autour de la vasque; un dindon pontifie parmi les poules; des chats bondissent et filent; le perroquet s’agite dans sa cage en criant:
—Quel est ton état?... Marzaka!... Marzaka!...
Un bambin, mal affermi sur ses jambes, traîne au bout d’une ficelle un lapin rétif; les ramiers rentrent en hâte dans tous les trous des vieux murs, tandis que les cigognes s’abattent lourdement au sommet des ruines où elles ont tressé leurs nids depuis d’innombrables années.
D’imposantes négresses circulent, portant à bras tendus des plateaux d’argent, des corbeilles pleines d’oranges ou de piments, des cuivres étincelants. Les esclaves, les vieilles femmes, vaquent aux occupations les plus diverses, dans le grouillement des négrillons et des volailles, qu’elles écartent, indistinctement, d’une taloche ou d’un coup de reins. Précieuse, exquise, mais insolente de dédain, une fillette du Chérif promène ses airs de princesse... Toutes, elles portent les hautes ceintures de Fès, rigides, chamarrées d’or et de soie, et les volumineux turbans réservés aux femmes de la maison impériale.
Et, sur un sofa, impassible au milieu de cette agitation, grave, hiératique, éblouissante en ses vêtements couleur de flammes,
Celle dont je ne parlerai point, car il convient de respecter son mystère;
Ma très chère, ma très admirée;
La pure, la noble, la haute influence;