1ᵉʳ mai.

... «Or, continua le mohtasseb[44], Si Abd el Hamid excitant la jalousie des gens par son orgueil et sa rapacité, ses ennemis voulurent le perdre. Comme il était gardien des trésors impériaux, voici ce qu’ils imaginèrent:

»Un jour que Si Abd el Hamid se présentait au Makhzen[45], quelqu’un fit remarquer une toile d’araignée sur sa djellaba. Chacun, aussitôt, cria au scandale, car, disait-on, il fallait qu’il eût pénétré dans le lieu préposé à sa garde, avec de malhonnêtes intentions, pour en avoir rapporté cette toile d’araignée...

»... Et, par la permission d’Allah, notre maître, ce petit détail entraîna la disgrâce d’un puissant...»

Nous étions à cette heure savoureuse qui suit un repas d’amis. Certes, délectable ce repas, mais non de ceux dont l’abondance empêche l’allégement de l’esprit. Nos convives, rassasiés et satisfaits, se plaisaient aux anecdotes, tout en parfumant leurs vêtements d’effluves et d’eaux odorantes.

Tandis que le mohtasseb terminait son récit, au milieu d’une discrète approbation, j’entrevis une forme blanche glissant en hâte sous les arcades... Nos hôtes, par bienséance, avaient baissé les yeux, afin de ne point apercevoir cette chose indécente et prohibée, une femme.

Yasmine entre aussitôt et, selon les convenances, me chuchote à l’oreille.

—Viens parler à Zeïneb.

—Dis-lui de patienter, je suis avec des gens.

Mais il paraît qu’il y a urgence, car Yasmine me presse de la suivre.