Je m’efforce de calmer Zeïneb, et lui dissimule que, ce matin même, Kaddour me fit admirer une superbe cage, aux treillis en piquants de porc-épic, ornés de perles multicolores. Il y sautillait un canari, obstinément silencieux, malgré les compliments, les objurgations et les injures dont, tour à tour, l’accablait son maître.

—Si tu l’entendais à l’aube! me dit Kaddour. Il fait plus de bruit que le veilleur du Ramadan avec sa trompette! Que sont auprès de lui les canaris de l’Amin?... Je l’ai eu pour vingt-cinq réaux[46]; il serait bon marché à quarante.

Kaddour, évidemment, n’a même pas songé à ses promesses,—comment peut-on préférer un caftan à un canari? ni qu’il leur faudrait vivre ce mois-ci.

—Va-t’en avec le bien? dis-je à Zeïneb. Je parlerai à ton mari. Peut-être a-t-il encore de quoi te payer ce caftan courge.

Puis, je fais chercher Kaddour.

—Qu’ai-je entendu de toi, avec ce canari?

—Ah! tu sais déjà!... Ce Zerhouni, un voleur! Je le citerai devant le Pacha; un fils d’adultère, un trompeur!... M’avoir vendu vingt-cinq réaux une femelle qui ne sait même pas dire cui-cui!...

—Ce n’est pas cela qui m’occupe, mais le caftan de ta femme.

—O Allah! qu’elle est pressée!... Certes elle l’aura, sans aucun doute. A présent je n’ai plus rien... Je lui achèterai son caftan dès que ce Zerhouni m’aura rendu l’argent qu’il m’a volé. Je saurai bien où trouver ce coupeur de routes. Salah, le porteur d’eau, connaît son cousin. J’irai le chercher à Fès s’il le faut!... Vingt-cinq réaux un canari femelle!

—Fort bien! mais Zeïneb réclame son acte de mariage.