2 mai.
Aujourd’hui, chez le notaire Si Thami, j’ai trouvé l’apathique Zohor toute rouge et secouée de fièvre.
Elle est étendue sur un matelas, au fond de la chambre. Des couvertures l’enveloppent, recouvrant même sa tête. Il en sort parfois un gémissement étouffé... Depuis trois jours elle n’a plus son entendement.
Aussi la vieille Dada prend-elle soin de tenir la pièce close et sans air. Deux cierges de cire, brûlant dans les chandeliers, donnent à cette nuit factice une allure mortuaire.
Quelques femmes, des parentes, causent à voix basse, tout en faisant griller des saucisses de mouton sur un canoun. Elles n’interrompent leurs commérages que pour s’approcher de Zohor et elles la fatiguent de paroles compatissantes... puis elles retournent à leur cuisine et à leurs histoires...
Elles ont préconisé d’inutiles remèdes, Allah seul donne le soulagement! Une patte de hérisson, suspendue parmi les amulettes au caftan de la malade, n’empêche pas la fièvre de monter.
—Pourquoi n’appelez-vous pas la toubiba? demandé-je.
—Ce qui est écrit est écrit, répond l’esclave. Nul n’arrêtera le destin qui doit s’accomplir.
—Sans doute, mais Dieu permet qu’on s’adresse à ceux qui savent.
—Nos vieilles savent, elles aussi.