Les figures ci-dessus peuvent donner une idée de la façon dont sont disposées les calebasses au-dessous des lamelles. Ces calebasses sont maintenues en place par des liens qui les joignent aux différents côtés du cadre et qui les unissent entre elles. Tout cet ensemble, qui paraît devoir être très fragile, est, au contraire, excessivement solide.
Pour jouer du balafon, on s’asseoit par terre et on place l’instrument devant soi, de façon à avoir les lamelles les plus longues à sa gauche. On peut également en jouer en marchant ; alors, l’instrument est porté, suspendu au cou par des liens qui sont fixés à ses deux extrémités. L’instrument repose alors sur le ventre de l’exécutant, de façon à ce qu’il ait toujours à sa gauche les lamelles les plus longues, celles qui donnent les notes les plus graves.
Pour tirer des sons de ce bizarre mais ingénieux instrument, il suffit de frapper d’un coup sec la lamelle avec les baguettes représentées ci-dessous.
Ces baguettes sont en bois. Il en est qui s’en servent à nu, d’autres, au contraire, qui entourent l’extrémité renflée à l’aide de chiffons excessivement serrés ou, mieux, de caoutchouc. Il nous a semblé que les sons obtenus avec ces dernières étaient plus harmonieux que ceux obtenus avec les autres.
Le balafon est construit, en ce qui concerne le bois, par les forgerons. Quant à l’agencement des différentes pièces, il est fait par l’artiste lui-même. Le bois qui doit servir à la construction doit être très dur, bien sec, et ne présentant aucun défaut. Plusieurs espèces peuvent être employées à cet usage. Citons : le Samboni (Cytharexylum quadrangulare Jacq.), le Vène (Pterocarpus erinaceus Poir.), le Kaki (Diospyros ebenum Retz.). De même, les calebasses doivent être bien sèches, ne présenter aucun défaut ni fissure, car le son pourrait en être profondément altéré. Enfin, les cordes elles-mêmes doivent être minutieusement construites et présenter toutes les garanties voulues de solidité et de bonne fabrication.
Le balafon peut être considéré, au Soudan, comme étant un instrument de luxe. Il n’y a guère que les chefs riches et influents qui en aient, et le griot (musicien de profession) qui en joue, jouit habituellement dans le village d’une considération que n’ont pas ses autres collègues. Seul, il est admis à l’honneur de jouer du balafon, et, tant est grande l’estime que l’on a pour cet instrument que, souvent, l’épithète de balafon est ajoutée au nom de l’artiste qui s’en sert. Ainsi, à Koundou (Fouladougou), par exemple, le joueur de balafon porte le nom de « Fodé-Balafon ». Il n’est connu que sous ce nom-là dans les villages environnants.
Les sons obtenus avec cet instrument sont relativement assez mélodieux et dans l’agencement des notes, il est facile d’y retrouver les éléments de la gamme. Les airs que jouent les griots présentent également une certaine harmonie et un rhythme appréciables, même pour une oreille peu musicale.
Après une heure de musique effrénée, et après avoir assisté aux danses les plus échevelées, exécutées cependant en mon honneur, je congédiai, par la voix de mon interprète, les artistes mâles et femelles qui m’entouraient, et orchestre en tête, je me rendis à la demeure du chef pour lui rendre la visite qu’il m’avait faite le matin. Cette façon de procéder m’a toujours réussi au Soudan, et, c’est en usant sans cesse de la plus grande politesse et de la plus grande douceur que je suis arrivé à me concilier partout le respect et l’amitié des chefs avec lesquels j’ai été en relations. Point ne sert de prendre avec ces gens-là des airs de matamores et de croquemitaines. Nous n’arriverions jamais qu’à nous aliéner leur sympathie. Il faut avoir le bon esprit de ne se considérer que comme leur hôte, et, si l’on sait conserver toutefois sa dignité d’homme et de Français, on peut être certain que d’eux-mêmes ils reconnaîtront notre supériorité.