Notre guide fit aussitôt part aux hommes qui étaient venus au devant de nous de ce qui nous était arrivé le matin et de la belle chasse qu’il avait faite. Il leur dit exactement où ils pourront trouver l’animal. Immédiatement, les hommes de Sibikili me demandent à ne pas m’accompagner au village et aller de suite chercher cette viande, qui est pour eux une si bonne aubaine. Je leur accorde aussitôt l’autorisation de me quitter et tous, à l’exception du fils du chef, se mettent en route pour le Diala-Kô, non loin duquel les attend l’homme que nous y avons commis à la garde de la bête.

Je fus bien reçu à Sibikili et nous n’y manquâmes de rien. Dès notre arrivée, un joli petit bœuf fut immolé à notre intention et toute la journée on fit bombance. Il me fut impossible d’avoir avec le chef et les notables une conversation sérieuse, car tous étaient absolument ivres, et en mon honneur s’étaient livrés à d’abondantes libations de dolo. Ce sont, du reste, des ivrognes fieffés et qui, sous ce rapport, jouissent d’une glorieuse réputation bien méritée. Le chef est un vieillard âgé d’environ 75 ans et ne jouissant, dans son village, d’aucune autorité. De plus, il est aveugle.

Sibikili est un village d’environ 500 habitants. Sa population est uniquement formée de Malinkés. Il dépend de Badon dont il reconnaît l’autorité. Il est assez propre et assez bien entretenu pour un village Malinké. Il est entouré d’un tata flanqué de tours pour la défense et en assez bon état. De plus, les cases du chef sont entourées d’un second tata concentrique au premier et qui est assez sérieux. Il est presque neuf. Sa hauteur est environ de quatre mètres. Sa largeur à la base est à peu près d’un mètre cinquante et au sommet elle est de plus d’un mètre. Chaque case forme pour ainsi dire un petit ouvrage de défense. Les gourbis sont réunis entre eux par des murs en terre de vingt centimètres d’épaisseur environ, et on ne peut arriver dans la cour intérieure de l’habitation qu’en traversant une sorte de corps de garde que les Malinkés désignent sous le nom de Boulou ; c’est une case en terre plus élevée généralement que les autres, ronde, couverte en paille ; quelques-unes sont à argamasses, surtout dans les pays Bambaras. Elles sont munies de deux portes, dont l’une donne accès dans la rue et l’autre dans l’intérieur de l’habitation.

Sibikili est, comme la plupart des villages Noirs, situé sur une petite colline que dominent d’autres collines plus élevées. Cette situation, très bonne pour prévenir les attaques des colonnes noires, car on les voit arriver de loin, est détestable pour pouvoir résister à une troupe opérant à l’européenne.

La journée se passe à Sibikili sans aucun incident. Du reste, tout le monde est exténué et aucun de nos hommes n’est capable de sortir du campement. Toute la population du village, les hommes principalement, est ivre et endormie sous l’arbre à palabres. Je ne suis pas, au moins, importuné par leurs visites, et je puis travailler en paix. J’envoie dans la soirée un homme à Badon pour y annoncer mon arrivée pour le lendemain.

Du campement du Sandikoto-Kô à Sibikili, la route suit à peu près une direction générale Est-Sud-Est, et la distance est environ de 31 kilomètres.

5 janvier. — La nuit a été un peu moins froide que la précédente. Brise de Nord-Est. Température agréable. Ciel clair et étoilé. Au réveil, ciel clair et sans nuages. Le soleil se lève brillant. Peu de rosée. Brise de Nord-Est. Température chaude.

J’ai eu hier soir un petit accès de fièvre qui a duré jusqu’à onze heures environ. Ce matin, je me sens assez bien. Malgré cela, je prens une dose de sulfate de quinine. J’ai la langue saburrale et la bouche mauvaise.

Les préparatifs du départ se font assez rapidement et à 5 h. 15 nous pouvons nous mettre en route sans encombre. En sortant du village, nous traversons d’abord une série de petits jardinets où les femmes de Sibikili cultivent avec grand soin du tabac et des oignons. Pas de lougans. Jusqu’à Badon, rien de bien particulier à signaler ; à 6 h. 30, nous traversons le marigot de Fabili ; à 7 h. 55, celui de Bamboulo-Kô, et à 8 h. 25 nous faisons notre entrée à Badon, but de l’étape. Il fait déjà très chaud, et, malgré le peu de longueur de l’étape, je me sens exténué.

A mi-chemin, entre Sibikili et Badon, nous rencontrons une députation d’une quinzaine de guerriers que le chef m’envoie, sous la conduite de son fils, pour nous escorter et nous conduire au village. Nous faisons la halte là où nous les trouvons, et après avoir échangé les salutations d’usage, nous nous remettons en route.