Dans la soirée, Massa-Ouli et ses fils et ses frères vinrent me saluer de nouveau et me quittèrent en me promettant de venir le lendemain matin me serrer la main. Tout le monde dormit bien cette nuit-là, aussi les préparatifs du départ se firent-ils rapidement.

28 octobre. A cinq heures du matin, je réveille toute la caravane, mon interprète Almoudo et Sandia sont les premiers debout et organisent le convoi rapidement. Enfin, après un déjeuner sommaire, nous pouvons nous mettre en route à cinq heures quarante minutes. Malgré l’heure matinale, tout le monde est debout. Massa-Ouli lui-même est assis devant la porte de sa case et me serre la main avec effusion à plusieurs reprises et me souhaite un bon voyage. Son fils Massara est à cheval et va nous accompagner jusqu’au premier village. Je donne le signal du départ et bien à regret nous quittons Sini, non sans avoir promis à nos amis de revenir les voir à notre retour de Mac-Carthy.

Le jour commence à poindre quand nous franchissons les portes du sagné pour nous engager au milieu de beaux lougans de mil dont les tiges hautes de plus de quatre mètres se rejoignent et forment au-dessus de nos têtes un véritable dôme de feuilles et d’épis. La température est excessivement fraîche. Je constate 16 degrés. La rosée est de plus très abondante et nous sommes absolument inondés peu après le départ. Nous marchons d’une bonne allure pour nous réchauffer et dans le plus grand ordre. Il est 6 heures 15 quand nous arrivons à Canapé. C’est le premier village Peulh que nous rencontrons. Tout le monde est debout. Il faut mettre pied à terre.

Canapé. — Canapé est un village d’environ deux cent cinquante habitants. Il est entièrement construit en paille. C’est, du reste, le seul mode de construction employé par les Peulhs. Il est littéralement enfoui au milieu du mil et du maïs, et jusque devant les cases tout est cultivé. Pas un pouce de terrain n’est perdu. Ses habitants viennent du Fouladougou et le Ouli, le Sandougou et le Niani en sont très peuplés. C’est là qu’ils y cherchent un refuge contre les pillages et les exactions des souverains de leur pays d’origine. Ils construisent en paille de gentils petits villages proprets et se livrent avec passion à la culture et à l’élevage. Aussi sont-ils absolument pressurés par leurs nouveaux maîtres.

A peine étions-nous arrivés que sur l’ordre du chef on nous apporta de grandes et nombreuses calebasses de lait sûr et de couscouss pour les hommes et pour moi du lait frais et des œufs en quantité. Bon gré mal gré il fallut s’attabler et manger. Heureusement que le noir a l’estomac complaisant, aussi mes lascars firent-ils sérieusement honneur à ce petit apéritif, comme disait mon fidèle Almoudo. Pour moi, je me contentai d’avaler quelques œufs crus et de boire deux tasses environ d’un excellent lait fraîchement tiré. Ce qui me fit encore plus de plaisir ce fut le cadeau que me fit le chef de plusieurs bouteilles d’excellent beurre. Ce qui me promettait, grâce au modeste talent de mon cuisinier, Samba-Sisoko, une excellente cuisine pour l’avenir.

Après une halte de vingt minutes environ, nous nous remîmes en marche, non sans avoir serré vigoureusement la main à Massara, qui nous quittait là pour retourner à Sini, et sans l’avoir remercié de sa généreuse hospitalité. Le chef de Canapé et ses principaux notables m’accompagnèrent pendant plusieurs kilomètres et, chemin faisant, me firent part de la situation pénible qui leur était faite dans le Ouli. Je leur promis d’en informer le commandant de Bakel dont ils relevaient, et ils me quittèrent enchantés. J’ai appris depuis que tout avait été réglé au mieux de leurs intérêts et à la satisfaction générale.

En quittant Canapé, nous traversons d’abord les lougans du village qui, relativement, ont une superficie considérable. Peu après, nous entrons en pleine brousse. Elle se continue jusqu’aux lougans de Soutouko, où nous arrivons vers neuf heures du matin.

Soutouko. — Soutouko est un village d’environ 550 habitants. Sa population est formée uniquement de Malinkés musulmans. Ils différent absolument des autres Malinkés et se rapprochent beaucoup de la race Toucouleure dont beaucoup d’entre eux ont le type et les mœurs. Ce sont ces Malinkés que, dans les Rivières du Sud, on désigne sous le nom de Mandingues. Nous y reviendrons plus loin. Musulmans fanatiques, ils furent des premiers à embrasser la cause du marabout Mahmadou-Lamine.

Soutouko n’a nullement l’aspect des autres villages Malinkés. Bien qu’il soit construit de la même façon, il est propre et bien entretenu. Au centre du village règne une mosquée en paille et pisé bien comprise et dont les abords sont indemnes de tout immondice. Je n’ai pas besoin de dire qu’elle est assidûment fréquentée.

Là encore il fallut mettre pied à terre et accepter le lunch qui nous était préparé. Mes hommes s’en tirèrent à merveille. Pour moi, je ne pus absorber qu’une petite quantité de lait et quelques œufs frais. La fatigue commençait à se faire sentir et je ne pus que difficilement remonter à cheval. J’étais loin d’être complètement remis des assauts que j’avais eu à supporter à Nétéboulou.