Au point de vue botanique, nous signalerons tout particulièrement l’extrême abondance des karités. On trouve ce précieux végétal tout le long de la route et la plaine de Sillacounda en est absolument couverte. C’est là où j’ai rencontré les plus beaux et les plus nombreux spécimens de cette espèce végétale. Les lianes Saba y sont également très abondantes, surtout aux bords des marigots et sur les rives de la Gambie. Citons enfin la Casse et le Touloucouna.

La Casse est une gousse siliquiforme qui est produite par le Caneficier (Cassia fistula L.), famille des Légumineuses-cæsalpinées. Le Canéficier est un arbre assez grand à feuilles composées, glabres ; fleurs en grappes pendantes à pétales jaunes. Le fruit, connu sous le nom de Casse, est une gousse siliquiforme indéhiscente. Sa longueur est environ de quinze à cinquante centimètres et épaisse de deux à trois millimètres. Elle est lisse, noire, pourvue de deux sutures longitudinales, marquées de sillons annulaires qui correspondent à autant de cloisons transversales. Les graines sont situées entre ces cloisons et noyées dans une pulpe qui est la partie active. Les indigènes ignorent les propriétés de la casse, mais se servent de l’écorce du canéficier, qui contient beaucoup de tannin, pour tanner leurs cuirs. Le canéficier est assez commun au Soudan ; mais c’est surtout dans le grand et le petit Bélédougou et dans le Niocolo que nous en avons relativement vu le plus grand nombre d’échantillons.

Le Touloucouna appartient à la famille des Méliacées. C’est le Carapa Touloucouna L. Il croît surtout dans les rivières du Sud et dans le Niocolo, où nous n’en avons vu du reste que deux échantillons : il est bien plus particulier à la région la plus septentrionale dans laquelle il est commun. Ses graines, bouillies dans l’eau, puis pilées et pressées, donnent une huile onctueuse et très amère. Sa couleur est d’un jaune pâle et pourrait servir à la fabrication des savons. Dans les rivières du Sud, les indigènes s’en servent pour panser certaines plaies. Ils prétendent qu’en s’en frottant les pieds on peut aussi se préserver des atteintes de la puce chique (Pulex penetrans). Nous ignorons si au Niocolo on connaît ses propriétés.

Laminia est un gros village d’environ six cents habitants. Sa population est uniquement composée de Diakankés. Il est situé à environ un kilomètre de Sillacounda, sur la rive droite de la Gambie. Il est situé au milieu d’une vaste plaine bien cultivée et construit sur un petit monticule qui la domine d’environ 20 ou 25 m. Il est dépourvu de tata et de sagné et est très mal entretenu. Les habitants sont de paisibles agriculteurs qui se livrent avec passion à la culture de leurs vastes lougans et à l’élevage de leurs bestiaux. Toute la plaine, en effet, au centre de laquelle s’élève cet important village, est transformée en immense champ de mil, maïs, arachides. Ils sont très bien entretenus. Aussi les greniers regorgent ils de provisions de toutes sortes. De même ils apportent un soin tout particulier dans l’élevage de leurs bestiaux. Leurs bœufs sont magnifiques, et ils en possèdent un troupeau d’environ deux cents têtes. Les moutons et les chèvres abondent. Ils sont généralement gras et donnent une excellente viande de boucherie.

Bien que Laminia soit situé sur la rive droite du fleuve, il fait quand même partie du Niocolo. Ses habitants sont de la même famille que ceux de Sillacounda.

Laminia me fit un accueil plein de prévenances et les Diakankés auraient bien voulu me garder plusieurs jours encore, mais je me vis forcé, à regret, de décliner leurs offres et, malgré la plantureuse réception que j’y reçus, je décidai quand même de partir le lendemain matin. Les habitants de Sillacounda ne furent pas moins obligeants que ceux de Laminia. Peu après mon arrivée, le chef et les notables vinrent me faire visite et m’apporter du lait, des œufs et du mil. De plus, ils m’envoyèrent dans l’après-midi un joli petit bœuf qui fut aussitôt mis à mort et distribué entre mes hommes et ceux du village.

La journée se passa bien. Le ciel resta couvert, le soleil voilé, et malgré un fort vent de Nord-Est la température fut très supportable.

Vers deux heures de l’après-midi, j’entendis tout-à-coup éclater dans le village de nombreux coups de fusil. Je fis demander au chef, par Almoudo, ce que cela signifiait. Il me fit répondre que c’était parce que les marchands de kolas venaient d’arriver, qu’on brûlait un peu de poudre, selon la coutume, en pareille circonstance. Le kola joue, en effet, un grand rôle dans la vie des indigènes du Soudan, et il s’en fait un commerce relativement important. Nous avons pu faire à son sujet, pendant nos différentes campagnes au Sénégal et au Soudan, de curieuses observations, et recueillir des renseignements précieux sur son commerce, le rôle qu’il joue au Soudan dans la vie des indigènes et celui qu’il est appelé à jouer dans celle des Européens que les exigences du service ou de la profession forcent à résider sous ce climat meurtrier. Bien que cette question soit un peu en dehors de notre sujet, je ne crains pas de la traiter ici, car j’estime qu’un travail sur le Soudan serait incomplet s’il n’y était pas parlé du kola à un point de vue quelconque.

Nous lisons dans la Monographie des kolas africains de M. le professeur Heckel, le passage suivant qui nous semble bien résumer ce que nous avons observé sur le kola au Soudan français, et que notre but est d’exposer plus loin d’une façon aussi détaillée que possible. « Le kola ou gourou, ou café du Soudan (Cola ou Sterculia acuminata, R. Brown), vit entre le 5° de latitude Sud et le 10° de latitude Nord ; il est en plein rapport à dix ans et peut donner jusqu’à 45 kilogrammes de noix chaque année. Il y a deux récoltes, l’une en juin, l’autre en novembre. Les graines de chaque noix pèsent entre 5 et 25 grammes ; les unes sont d’un blanc jaune, les autres d’un rouge un peu rosé ; de là vient la distinction entre les kolas rouges et les kolas blancs ; les graines mises dans un couffin bourré de feuilles qui les recouvrent, peuvent se conserver fraîches pendant 25 à 30 jours. Sur le littoral, les deux principaux marchés sont Gorée et les établissements de la Gambie, le prix des kolas y varie de 225 à 560 francs les 100 kilog.

Le kola est un antidysentérique et un aphrodisiaque puissant ; comme le maté et la coca, il calme la faim et permet de supporter de grandes fatigues ; les noirs en font une consommation considérable. »