Les kolas qui parviennent à Bakel et à Mac-Carthy sont emballés dans de grands paniers à l’aide de feuilles très grandes d’un autre végétal congénère ou de l’arbre producteur lui-même. Ces paniers pèsent de 25 à 100 kilog. environ. Ainsi préparée, la graine se garde longtemps intacte et peut impunément se transporter. Mais, dans l’intérieur, ce procédé n’est pas pratiqué. De semblables charges sont très lourdes et très encombrantes pour les moyens de transport dont disposent les Dioulas. Tout, en effet, est porté dans ces régions à tête d’homme ou au moyen d’ânes. Aussi l’emballage est-il bien différent. Les kolas sont toujours noyés dans une grande quantité de larges feuilles d’une Sterculiacée quelconque, ou, à défaut, de paille de fonio légèrement humide. Le panier, au lieu d’être rond, a une forme elliptique.
Il est tressé à l’aide de jeunes tiges d’arbres et présente des mailles assez longues, de façon, sans doute, à être bien aéré, afin d’éviter probablement la fermentation des graines. Il est porté à tête d’homme, et deux cordes, fixées à la partie antérieure, permettent au captif de maintenir l’équilibre sans trop de fatigue. Les charges d’ânes sont, le plus souvent, emballées dans de vieilles toiles ou dans des pagnes hors de service et solidement ficelées à l’aide de cordes faites avec des fibres de bambous ou de baobab. C’est ainsi que les kolas arrivent sur les marchés de Bakel, Kayes, Médine, Bafoulabé, Kita, etc.
Le commerce de détail est des plus répandus. On peut dire que, dans tout le Soudan Français, il n’y a pas de village de quelque importance qui n’ait ses marchands de kolas. Dans les centres importants, c’est au marché que se tiennent les débitants. Dans les petits villages, c’est dans les cases même qu’ils installent leurs produits. En tout lieu, ils ont rapidement écoulé leur marchandise.
Les prix en sont excessivement variables. Ils dépendent sur tout du plus ou moins grand éloignement des centres de production et de la plus ou moins grande abondance des arrivages. Dans certains villages du Bambouck, nous les avons vu vendre dix centimes l’un ; à Bakel, à Kayes et à Médine, ils sont un peu moins chers, et à Bammako, il nous est arrivé de les payer en moyenne quinze à vingt centimes la pièce. Il faut dire aussi que, là, ils sont beaucoup plus volumineux que dans les régions situées plus à l’Ouest. En général, le kola blanc est bien plus estimé que le kola rouge. Aussi se vend-il un peu plus cher partout ; mais, en général, les deux espèces sont mélangées à peu près en parties égales dans les achats.
Nous ne saurions évaluer en argent l’importance de ce commerce, mais nous pouvons affirmer qu’il est très considérable et doit donner lieu à un chiffre important d’affaires.
Rôle que joue le kola dans la vie des indigènes au Soudan. — Le kola joue un rôle important au Soudan français dans la vie des indigènes. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les relations de voyages faits dans ce pays par les différents explorateurs qui l’ont visité. Il a fallu que les indigènes lui trouvent des propriétés bien salutaires pour qu’ils l’aient en si haute estime. Dans presque toutes les circonstances de leur vie sociale on les voit utiliser cette graine. Ainsi, chez les Bambaras et les Malinkés, s’agit-il d’un serment, c’est sur le kola qu’ils jurent. Voici comment on procède à cette cérémonie. Une contestation s’élève-t-elle entre deux noirs, un homme en accuse-t-il un autre, les anciens et les notables devant lesquels est portée l’affaire font comparaître l’accusé. S’il nie ce qu’on lui reproche, on lui fait prêter serment sur le kola. Pour cela, le forgeron principal (il ne faut pas oublier que les forgerons sont les prêtres dans les pays Malinkés, Mandingues et Bambaras), prend un kola bien sain. Il fait placer devant lui celui qui va jurer. Il allume alors un petit feu de paille et y passe le kola, sans doute pour le purifier, puis le prenant de la main gauche, il le pique en maints endroits avec la pointe de son couteau en prononçant la formule du serment. Ces piqûres sont faites pour bien montrer que le kola est sain.
Voici la formule la plus ordinaire de ce serment : « Je jure que je n’ai pas fait ce dont on m’accuse ; si je mens, je veux que ce kola que je vais manger m’empoisonne dans tant de jours ». Cette formule est répétée mot par mot par l’accusé au fur et à mesure que le forgeron la prononce. Ceci fait, le kola est immédiatement mangé en entier et celui qui vient de jurer est tenu de boire une calebasse d’eau pour bien prouver qu’il ne triche pas. Ce serment est le plus terrible qu’un Malinké ou un Bambara puisse prononcer, et il est bien rare qu’il accepte de se soumettre à cette épreuve s’il se sent coupable. Sans doute, il pourrait aussi bien jurer sur le couscouss, le poulet, la viande ; mais aux yeux de tous, les serments ainsi prononcés ne valent pas ceux qui sont prêtés sur le kola.
Autre fait : Il me souvient avoir lu quelque part, et dans je ne sais trop quel récit de voyage, que lorsqu’un Malinké ou un Bambara voulait demander une jeune fille en mariage, il envoyait au père huit kolas blancs. Si celui-là acquiesçait à la demande, il renvoyait au prétendant deux kolas blancs ; dans le cas contraire, il lui faisait parvenir un kola rouge.
Dans les offrandes que les Bambaras et les Malinkés font à leur divinité, ce sont toujours les kolas qui sont en plus grand nombre. Je n’ai pas besoin de dire que, seuls, les forgerons en profitent. De même, ils déposent des kolas sur la sépulture de leurs parents et de leurs amis les plus chers.
Si on veut honorer un chef, on lui offrira toujours des kolas et, de préférence, des kolas blancs. Tous ceux qui ont vécu au Soudan en ont reçu et donné bien des fois durant le cours de leurs voyages dans cette région. Enfin, si on mange un kola, le plus grand honneur que l’on puisse faire à un noir est de partager avec lui. Dans ce cas-là, on doit détacher les deux cotylédons qui sont unis entre eux et en offrir un à son convive. Nous pourrions multiplier à l’infini les exemples et les faits de ce genre. Ceux que nous venons de citer suffisent amplement, croyons-nous, pour démontrer combien le kola jouit d’une haute estime chez les peuples du Soudan.