C’est pendant l’hivernage et à l’époque de la floraison que le rendement est le plus considérable, c’est-à-dire de la fin de juin au commencement de février. Pendant la saison sèche, de mars à juin, il ne faut pas compter sur une récolte abondante.

La quantité de suc obtenue est bien plus faible pendant la journée que le soir, le matin et la nuit.

L’âge des végétaux influe aussi sensiblement sur le rendement. Il ne faut pas s’attaquer aux arbres trop jeunes ; car leur suc contient une proportion d’eau considérable, à tel point qu’il se coagule difficilement. De plus le produit obtenu n’est pas aussi bon que lorsque le végétal est plus âgé. Il ne convient pas non plus d’inciser des Karités trop âgés, car on n’obtient que des quantités de suc absolument insignifiantes. Il est préférable de n’opérer que sur des végétaux d’âge moyen et arrivés à complet développement. C’est là que l’on aura les meilleurs résultats ; de plus l’arbre ne souffre nullement de ces incisions, si nombreuses qu’elles puissent être.

Les végétaux sains doivent être préférés à ceux qui sont en mauvais état, et ceux qui vivent sur les plateaux et les versants des collines donnent un rendement plus considérable que ceux qui croissent dans les vallées.

Le suc ainsi obtenu est d’un blanc laiteux, sirupeux. Il poisse les doigts et les rend collants. On ne peut guère s’en débarrasser que par le râclage. Il se coagule rapidement sous l’action de la chaleur solaire et par évaporation. Ce coagulum n’est autre chose que de la gutta-percha. Si on l’obtient sur l’arbre même, il est d’un brun rougeâtre et, sous une masse assez épaisse, il prend la couleur noire chocolat très foncée. Cette coloration est due, croyons-nous, aux substances colorantes que renferme en plus l’écorce du végétal. Obtenu dans un vase à l’air libre, il se présente, au contraire, sous l’aspect d’une masse de couleur blanchâtre, légèrement teintée en rose ; vu sous une faible épaisseur, il est absolument opaque. Réduit en boule et pétri, ce coagulum donne au palper la sensation d’un corps gras. Nous croyons, en effet, que la gutta du Karité n’est pas absolument pure et doit contenir des matières grasses en quantité relativement considérable.

Les indigènes n’extraient pas la gutta du Karité et le suc qu’il donne ne leur sert à rien. Ils n’en connaissent pas les propriétés.

Je reçus à Damentan un accueil auquel j’étais loin de m’attendre ; car il m’avait été dit et répété maintes fois que les habitants de ce gros village, musulmans fanatiques, n’étaient que des pillards et des voleurs de grand chemin qui ne voudraient jamais entrer en relations avec nous. Ma surprise et ma satisfaction furent donc grandes lorsque j’entendis le chef me dire qu’ils seraient tous heureux d’être nos amis et qu’il me priait de parler aux gens du village pour les décider à « venir avec nous » (sic).

Dès que je fus installé dans la belle case qui avait été préparée à mon intention, il me fit demander s’il pouvait venir me voir sans me déranger. Almoudo le fit immédiatement entrer ainsi que ses principaux notables. Je vis un beau vieillard d’environ 65 ans, portant toute sa barbe en pointe et commençant à grisonner un peu. Figure très intelligente, œil vif, type parfait du métis Toucouleur et Malinké, et pourtant il se dit Mandingue de pure race. Alpha-Niabali, tel est son nom, est un fervent musulman. Il est connu dans tous les environs, Tenda, Coniaguié, Ouli, Niocolo, etc., etc., comme un marabout fameux, à telles enseignes, qu’on ne l’appelle guère que Damentan-Moro ou Alpha-Moro (Moro en Mandingue du Sud signifie Marabout). Par son intelligence, son énergie et son initiative, il a su se créer là un sort des plus heureux pour un noir.

A peine fut-il assis, et à peine eûmes-nous échangé les politesses d’usage et les serrements de main habituels en pareille circonstance, qu’il me déclara qu’il était très heureux de me voir. Il avait appris que j’étais resté longtemps à Nétéboulou, que j’y avais été très malade et qu’il se disposait à m’envoyer son fils pour me saluer lorsqu’on lui avait annoncé ma prochaine arrivée. Il désirait beaucoup voir un officier français dans son village : car il n’ignorait pas tous les mauvais bruits qu’on faisait courir sur son compte dans tout le pays. Il voulait être notre ami et faire « un papier avec nous ». Jamais il n’avait reçu de blancs dans son village, j’étais le premier et je n’aurais qu’à me louer d’avoir eu confiance en lui et de ne pas avoir écouté ceux qui avaient voulu m’empêcher de venir le voir. « Tu peux rester ici tant que tu voudras, tu es chez toi, Bissimilahi, et je ne vous laisserai manquer de rien ». C’était la meilleure des réceptions, car, en général, un chef noir se gardera bien de mal traiter l’hôte auquel il aurait dit : « Bissimilahi ». C’est dans tout le Soudan le souhait de bienvenue qui vous assure d’une cordiale hospitalité. Aussi le voyageur se gardera bien de séjourner longtemps chez celui qui ne le lui aura pas donné. Sur ces paroles, il me quitta, car il voyait bien que je n’étais pas encore « fort » et que j’avais besoin de me « reposer ». « Nous causerons mieux plus tard ». Nous nous serrâmes de nouveau la main et il sortit de ma case suivi de tous ceux qui l’avaient accompagné. Il était à peine rentré chez lui qu’il m’envoya par son fils un superbe bœuf « pour mon déjeuner » et du couscouss de mil et de riz pour mes hommes, en si grande quantité que Samba, mon cuisinier, l’estomac le plus complaisant de ma caravane, déclara qu’on serait « plein » avant d’avoir tout mangé. Un des hommes de Sandia fit l’office de boucher et coupa le cou au bœuf. En quelques minutes, il fut dépouillé et dépecé. Je pus en manger un bon bifteck et je ne manquai pas d’envoyer à Alpha un quartier de devant. C’est le morceau qui est toujours donné aux chefs. Le reste fut distribué entre mes hommes, les gens du Kantora et les habitants du village. Ce jour-là ce fut à Damentan une bombance générale.

Dans la journée, les Malinkés de Son-Counda me demandèrent à retourner chez eux, car il pourrait bien se faire, disaient-ils, que me sachant parti, Moussa-Molo vienne les attaquer. Bien que je fusse intimement persuadé qu’il n’en serait rien, je leur fis dire par Sandia qu’ils étaient libres de me quitter quand ils voudraient et je les congédiai en leur faisant un petit cadeau. Mandia, le frère du chef du Kantora, resta cependant et m’accompagna au Coniaguié et jusque dans le Tenda.