Ahmady essaya bien de persuader à tous les chefs de se liguer de nouveau pour forcer Samba-Gangioli à s’éloigner du Bondou, mais ceux-ci refusèrent de le seconder dans une entreprise qui leur paraissait douteuse, et insistèrent, au contraire, pour faire la paix. Dans ce but, une grande assemblée se réunit à Marsa et envoya des négociateurs auprès de Samba-Gangioli, qui, vers 1818, consentit à signer le traité qu’on lui proposait.

Après ces faits marquants, Ahmady-Aïssata fit avec succès la guerre aux Bakiris. Il se mit de nouveau en campagne contre les Malinkés qui, pendant le siège de Boulébané, s’étaient permis de venir piller et rançonner plusieurs villages du Bondou. Lally et Sourraly, sur la rive gauche de la Falémé, furent emportés d’assaut. L’almamy marcha ensuite jusque sur Gamon, dont il prit la moitié, mais fut forcé de se retirer devant l’attitude des défenseurs. L’année suivante, il attaqua le Kantora et, après plusieurs batailles peu importantes et sans aucun résultat, il revint dans le Bondou.

Vers cette époque, le major Grey traversait le Bondou à la tête d’une expédition anglaise. Retenu depuis quelque temps à Samba-Cantaye, où il campait, il se disposait à aller rendre visite aux bâtiments français venus pour construire un poste à Bakel, en compagnie de l’almamy qui avait manifesté le désir de saluer nos officiers, lorsque celui-ci tomba malade à Kéniou, à 4 kilomètres de Kounguel.

Le major Grey poursuivit seul sa route, et quand il revint, plus tard, au camp d’Ahmady, il le trouva alité et miné par une maladie dont il ne devait pas se relever. Approchant ses lèvres de l’oreille du major, il lui dit d’une voix affaiblie : « Que les hommes sont fripons ; au moment de mourir, je comprends combien ceux qui me craignaient auront de regrets et apprécieront trop tard ma valeur. »

Dès ce moment, Ahmady ne fit que décliner, et il mourut à Boulébané le 8 janvier 1819. Il laissait trois fils : Saada Ahmady-Aïssata et Oumar-Sané, qui régnèrent, et Bokkar-Sané, qui mourut dans la plus profonde obscurité.

Moussa-Yéro-Malick-Aïssata (1819-1827).

A la mort d’Ahmady, trois prétendants se présentaient pour recueillir sa succession : Toumané-Mady, Moussa-Yéro-Malick-Aïssata et Malick-Samba-Toumané, son cousin et héritier le plus direct. Les Sissibés portèrent leur choix sur Moussa-Yéro-Malick-Aïssata, qui fut élu almamy le 20 janvier 1819. Ahmady-Kama, descendant de Toumané-Boubou-Malick, avait bien essayé aussi d’élever des prétentions au trône du Bondou, malgré l’exclusion qui avait été prononcée contre sa famille par les héritiers politiques de Maka-Guiba, mais il fut écarté et sa candidature ne fut même pas discutée.

Moussa-Yéro-Malick était un homme relativement paisible, aussi son règne ne fut-il marqué que par des expéditions de peu d’importance. Il envoya ses colonnes contre Farabanna, dans le Niagala, et contre Goulmy, Kotéra et Moussala, dans le Kaméra. Les N’Diaybès, de Bakel, eurent également à essuyer ses feux ; mais en dernier lieu, protégés par les canons du fort que nous venions d’y construire, il furent laissés en repos par Moussa qui incendia leurs récoltes et parvint ainsi à les empêcher d’inquiéter le Bas-Bondou. Il établit des impôts sur les gens du Bambouck, du Ouli et du Tenda, et réussit à garantir ses frontières du brigandage des peuplades voisines. Mais il se comporta mal avec l’expédition du major Grey, qu’il retint longtemps, espérant toujours en obtenir de nouveaux cadeaux. En janvier 1819, le major put enfin partir, après avoir failli être plusieurs fois victime des indigènes.

Moussa mourut en 1827. Il avait régné huit ans.

Il laissa trois enfants, dont aucun ne devait monter sur le trône, et qui, tous, moururent à la suite d’El-Hadj-Oumar. Ce furent : Demba-Moussa, Saada-Doudé et Bala-Setté.