Pendant la Révolution, le Comité de Salut Public, désireux de réparer l'indifférence du gouvernement des Bourbons envers les Français de la vallée du Mississipi, voulut leur témoigner de nouveau tout l'intérêt dont ils jouissaient toujours en France; Volney fut désigné pour aller, comme naturaliste, se renseigner sur la situation générale de l'Amérique.

En janvier 1794, Mahlberger, capitaine d'artillerie de la compagnie de la Charente, demanda, au nom de quelques actionnaires, «200 hommes, 80 canonniers, 1 pièce de 12, 1 pièce de 8, 2 obusiers pour aller intercepter le Mississipi en passant par le Maryland, le fort Pitt, l'Ohio jusqu'à l'anse de la Graisse occupée par les Espagnols.... Le soussigné, à son passage à la Nouvelle-Orléans, avait été chargé d'une pétition de plus de 1.500 personnes, riches habitants, pour réclamer les secours de la Convention nationale pour être réunis à la mère-patrie dont ils ont été séparés par la trahison du Ministre Choiseul qui les a lâchement vendus pour huit millions... À défaut de la Louisiane, ajoute-t-il, l'expédition pourra s'emparer de la Trinité[31]

Tels projets d'invasion, sous une forme ou sous une autre, ressemblent aux tentatives faites par Genet. En tout cas, depuis ce moment, nos dirigeants ne renoncent plus à l'espoir de rentrer en possession de la Louisiane. Carnot lui-même se fait le défenseur d'un projet d'annexion. Barthélemy, notre plénipotentiaire aux négociations de Bâle, fut chargé de demander à l'Espagne la rétrocession de la Louisiane et de Saint-Domingue en échange de Fontarabie et de Saint-Sébastien. Nous avons vu qu'il ne put obtenir qu'une partie de Saint-Domingue. En 1797, le Directoire dut prendre des mesures pour empêcher les Anglais d'envahir la Louisiane. Le fils du général Collot présenta un mémoire pour être autorisé à lever, au nom de la France, un corps de Canadiens. Un nommé Magdett proposa même de s'emparer de la Louisiane et de soulever l'Irlande, an VII et an VIII[32].

Sur ces tentatives et ces velléités, Bonaparte greffa son projet plus grandiose et mieux conçu. Le traité de Mortefontaine avait rétabli les relations avec les États-Unis et le traité de San-Ildefonse avait obligé l'Espagne à accepter les conditions d'une rétrocession. À l'heure où nous sommes parvenus, était réuni à Helvoett Sluys, près de Rotterdam, un corps de troupes qui, pendant quelque temps, fut désigné sous le nom d'expédition de Flessingue. En réalité, il était destiné à la Louisiane et toutes les mesures avaient été prises en vue d'un établissement solide et définitif.

Voulant éloigner Bernadotte, le Premier Consul le désigna d'abord comme capitaine général de la Louisiane, mais Bernadotte ayant émis des prétentions inacceptables, le général Victor fut nommé à sa place.

Une somme de 2.686.000 fr. avait été prévue, plus 486.235 fr. pour l'affrètement des navires du convoi dont voici le détail d'après de Villiers du Terrage[33]:

La Wilhelmina458tonnes.
La Marta Marguerita436»
L'Hanseatischband416»
La Colombia320»
La Minerve298»
La Pallas250»
Le Hampden254»
La Providence708»
Le Lexington290»
L'Américain376»
————
Total3.806tonnes à 44 fl. =167.464fl.
————
Les Deux Catherines560tonnes
Le Cicéro318»
————
878tonnes à 40 fl. =35.120.
————
Gratification3.397tonnes à 5 fl. =16.985.
Au commissaire de la marine, Couderc 6.587.
Total 226.156 fl. = 486.255t.

Pour préparer la venue des Français et se faire bienvenir auprès des sauvages, on réunit, conformément aux conseils de l'interprète Fournerel, de nombreux cadeaux en fusils, carabines, sabres, objets d'habillement, accompagnés d'un lot de médailles destinées aux grands chefs des sauvages. Cette médaille portait l'effigie du Premier Consul et au revers: «À la Fidélité[34]

Dès le 24 septembre 1802, un décret organise le pouvoir militaire et civil à la Louisiane. Les fonctionnaires de tous ordres doivent être répartis comme suit: