Les événements qui se sont déroulés pendant plus de trois siècles, ont été le point de départ des questions qui font l'objet du présent travail: pour comprendre celles-ci, il faut connaître ceux-là. Avant d'entrer dans le cœur du sujet, il est nécessaire de se demander quels étaient ces événements et quels étaient les hommes qui, influencés par eux, poussés par la fatalité des lois historiques, ont souvent obéi à ces lois et ont parfois dirigé ces événements.
Mais cette conclusion s'impose: c'est la politique de Napoléon qui permet aujourd'hui, aux descendants des Pères Pèlerins, fidèles à l'idéal de leurs ancêtres, de revenir en Europe—berceau de la civilisation, par des régimes surannés menacée de la tombe—pour y défendre le droit de l'individu et des collectivités, conformément aux principes si magistralement définis par le Président Wilson.
CHAPITRE I
LA FRANCE ET L'ANGLETERRE
DANS L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
Importance de la découverte de l'Amérique. — Le rôle de la Méditerranée passe à l'Océan Atlantique. — Déclin de l'Allemagne et de l'Italie. — Développement des nations côtières occidentales. — Rivalité franco-anglaise en Amérique. — La colonisation française. — Les Normands au Xe siècle. — Verrazzano. — Cartier à Stadaconé et à Mont-Royal. — Samuel de Champlain. — Cavelier de La Salle sur le Mississipi. — Colonisation anglaise. — L'œuvre des Puritains. — La Louisiane. — Politique coloniale de la France et de l'Angleterre.
La lutte entre la France et l'Angleterre, pour l'hégémonie dans l'Amérique du Nord, constitue un des chapitres les plus glorieux de l'histoire mondiale.
Pour en comprendre toute l'importance, il suffit de rappeler les grands changements introduits dans les relations internationales, au lendemain de la découverte de l'Amérique. Ce fut un événement plus riche en conséquences que bien des révolutions dont le retentissement demeura plutôt local.
En ouvrant à la curiosité, à l'intérêt, au trafic, à la guerre, à la science, de vastes étendues situées à l'occident de l'Europe, on ouvrait, en même temps, aux pays occidentaux de cette même Europe, des horizons immenses, des perspectives de richesse et de gloire qui allaient changer la face du monde, bouleverser la signification civilisatrice des nations, réveiller d'anciennes rivalités et en créer de nouvelles.
Des rôles furent intervertis.
Les pays qui, jusqu'à cette époque, avaient, pour ainsi dire, trouvé à portée de leurs mains, les sources de la fortune et de la puissance, furent rejetés au second plan,—et des pays qui s'endormaient dans la routine et la monotonie, furent secoués d'un frisson de conquête,—enfin, des pays qui n'avaient pas encore pris contact avec la civilisation, furent découverts, émancipés, exploités... ou bien anéantis.
Après avoir fourni une carrière glorieuse mais pourtant limitée par des barrières plutôt géographiques que politiques, l'Orient et le centre de l'Europe durent passer le sceptre de la domination à l'Occident de l'Europe.