L'homme d'esprit a, dit-on,
Tout l'esprit d'un diable;
Nous disons d'un bon garçon
Qu'il est un bon diable,
Et de l'honnête homme à pied
C'est un pauvre diable
Ô gué!
C'est un pauvre diable.
Qui désire être cité.
Mène un train de diable:
N'a pas qui veut pour beauté
La beauté du diable;
Plus d'un ouvrage vanté
Ne vaut pas le diable
Ô gué!
Ne vaut pas le diable.
Quel est l'homme qui jamais
Ne se donne au diable?
Les trois quarts de nos projets
Où vont-ils? au diable;
Par la queue, ah! que j'en sais
Qui tirent le diable
Ô gué!
Qui tirent le diable.
«Toutes ces diableries-là ne font pas perdre la tête au père Barnabas, et les diables se retirent. L'auteur, profitant du conseil que Sédaine donne au diable dans son fameux pot-pourri, fait paraître l'aimable Colombine, qui est vraiment un diable bien plus dangereux que tous les autres pour le Gardien, puisqu'en lui faisant espérer de l'épouser, elle le met dans le cas de lui donner son argent et de signer un contrat de mariage qui n'est autre que celui d'Arlequin et de Colombine. Cette comédie-parade finit par le couplet suivant adressé au parterre, et qu'il a fait répéter. Il est sur l'air De la croisée.
Voici l'instant où maint auteur,
Pour obtenir votre suffrage,
Par maint couplet adulateur
Vous implore pour son ouvrage.
Citoyens, quoiqu'en pareil cas,
Nous disons avec bonhomie:
Si nous ne vous amusons pas,
Sifflez la comédie.
«Ici le public, qui avait pris cette liberté avant qu'on se fût avisé de la lui donner, est revenu à des sentimens moins sévères. Cette pièce, qu'on n'aurait dû juger que comme une comédie-parade, pourra très-bien rester au théâtre, lorsque l'auteur y aura fait quelques retranchemens, et surtout lorsque les acteurs voudront bien employer, en la jouant, non le sérieux glaçant que Montauciel prétend n'être bon qu'à porter le diable en terre, mais cette précieuse gaieté qui embellit toutes les productions comiques.»
(Extrait du Journal des Spectacles, qui s'imprimait chez VEZART et LE
NORMANT, rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois.)
Après avoir relu cette analyse, je suis de l'avis du public, c'est-à-dire de son premier avis, et je ne conçois pas qu'il ait supporté dix ou douze représentations d'un pareil fouillis.]
[5: André Chénier périt le 7 thermidor; et Marie-Joseph Chénier fut du nombre des infortunés que la journée fatale au tyran vengea sans les consoler.
Réintégré, par la révolution du 9 thermidor, dans le crédit qu'il n'avait perdu que parce qu'il avait osé prêcher la modération, Chénier usa de ce crédit pour adoucir du moins les malheurs d'autrui. Personne ne réclama vainement son appui. Que de familles durent à ses sollicitations la prompte liberté d'un père, d'une mère ou d'un frère! C'est en soulageant le malheur des autres qu'il cherchait à se distraire du sien.