La Province de Panuco, qui est au Nord de celle du Mexique, a presque également cinquante lieues dans sa largeur & sa longueur. La partie du Sud est abondante en provisions, & ne manque point de mines d'or; mais celle qui touche à la Floride est d'une misérable stérilité. Elle a trois Villes Espagnoles. Panuco, autrement Sant-Isteran del Puerto, située au 23e degré de latitude, à 65 lieues de Mexico au Nord-Est, à sept ou huit de la Mer, près d'une Rivière dont l'embouchure forme un Port; Sant-Jago de los Valles, à 25 lieues de Panuco, vers l'Ouest; Saint-Louis de Tampico, située proche de la Mer, à sept ou huit lieues au Nord-est de Panuco.

Mechoacan est une Province qui n'a pas moins de 80 lieues de longueur au long de la Mer du Sud, & qui s'étend en largeur l'espace de 60 lieues dans l'intérieur des Terres, entre le Mexique & la nouvelle Gallice. On y comprend les Cantons de Zacatula & de Colima, tous deux sur les Côtes de la Mer du Sud. La Capitale du Pays est Mechoacan, ou Pazcuare, un peu au-dessus du 19e degré de latitude, à 45 lieues de Mexico. Ses autres Villes sont Guayangarco, autrement Valladolid, Siège Episcopal, & Zinzonza. À 28 lieues de Mechouacan sont les mines de Guanaxnato, où le travail & la garde occupent habituellement 600 Espagnols. Saint-Michel est une autre Ville à 35 lieues au Nord-Est de Mechouacan, dans un Canton montagneux. La Conception de la Salaya, Ville sur la route de Chichimecas. Saint-Philippe, Ville à 50 lieues de la Capitale, du côté du Nord, dans un Pays froid & stérile. Le Territoire & la Ville de Zacatula sont sur la Mer du Sud, au 18e degré de latitude, à 40 lieues de Mechouacan. Le Territoire & la Ville de Colima sont un peu au-dessus du 18e degré, vers le Sud-Ouest. Ce Pays est chaud, fertile en cacao, en casse, en grains & en bestiaux. Le poisson & les fruits y sont en abondance. Il porte aussi de l'or, de la cochenille & du coton. En général les Indiens du Mechouacan sont de belle taille, industrieux, & capables de travail. Ils ont cent treize Villes. Cette Province ne s'étend point jusqu'à la Mer du Nord, mais elle a plusieurs Rivières qui se déchargent dans la Mer du Sud; & vers l'extrêmité de sa partie Occidentale, elle a, au 19e degré de latitude, le Port de la Nativité, dont l'excellence y rend le commerce florissant. Un peu à l'Est du même Port est celui de Sant-jago, qui a, dans le voisinage, de bonnes mines d'un cuivre si doux que les Indiens en font toutes sortes de vaisselles. Il s'y en trouve aussi d'un autre cuivre, qui est assez dur pour servir, au lieu de fer, à labourer la terre. Mais les Indiens sont redevables de ces découvertes & de ces usages à l'industrie des Espagnols.

La Province de Xalisco, fertile en maïs, mais peu fournie de bestiaux, n'a que deux Villes. Compostel, sur la Mer du Sud, à 33 lieues de Gaudalasara, & la Purification, près du Port de la Nativité. Cette Province est au 22e degré de latitude. Celle de Chiatmala, qui la suit au Nord, & qui touche aussi à la Mer du Sud, à 20 lieues de long, sur la même largeur. On y trouve quantité de mines d'argent, & la seule Ville de Saint-Sebastien. Elle est suivie au Nord, sur la même Côte, de la Province de Culiacan, qui porte toutes sortes de provisions, & quelques mines d'argent. Sa seule Ville est Saint-Michel. Cinaloa est la derniere Province au Nord de la nouvelle Gallice, qui est le nom général qu'on donne à toutes ces Contrés depuis celle du Mexique.

Zacatecas, dans l'intérieur des Terres, est une Province fort riche par ses mines d'argent, mais qui manque d'eau & de grains. Elle a trois Villes Espagnoles, & quatre mines célébres, dont la plus abondante est voisine de la Ville Capitale, & porte comme elle le nom de Zacatecas. On y emploie constamment 500 Espagnols, 500 Esclaves, & mille chevaux ou mulets. Les autres Villes sont Xeres de la Frontera, à vingt lieues au Nord de Guadolajara; Erena, Nombre de dios, & Durango, qui est dans un Canton extrêmement fertile. La mine de Sombrette est près d'Erena & celle de Saint-Martin, près de Durango.

La Nouvelle Biscaye, Province au Nord-Ouest de Xacatecas, est entiérement dans les Terres. Elle ne manque ni de bestiaux, ni d'aucunes provisions, & ses mines d'argent sont estimées. Elle en a trois principales, qui forment autant de petites Villes dans leur voisinage: Hindebe, Santa-Barbara, & Saint-Jean.

Quivira & Cibola sont deux autres Provinces qui suivent la Nouvelle Espagne, mais elles appartiennent au Nouveau Mexique, dont l'étendue n'est point encore connue. Les Espagnols n'y ont qu'une Ville, nommée Santa-Fé, ou le Nouveau Mexico, pour contenir les Indiens dans la soumission. Quoique ce Pays soit fort beau dans une infinité de Cantons, les habitans en sont encore fort sauvages, & n'ont point d'autres richesses que leurs bestiaux. La Ville de Santa-Fé, ou du nouveau Mexico, est vers le 37e degré de latitude.

Enfin, la Californie commence au 23e degré de latitude, par le Cap Saint-Luc, qui est à l'opposite de la Province de Culiacan, dans la Nouvelle Espagne. Elle s'étend vers le Nord & le Nord-Ouest, plus loin qu'on n'a pû jusqu'à present porter les découvertes. Les Espagnols ont marqué peu d'empressement pour y étendre leurs Conquêtes; mais ils entretiennent quelque commerce au Cap Saint-Luc & à Puerto Seguro.

M. Cooke, dans la Relation de son Voyage autour du Monde en 1711, fait une description de Puerto Seguro, qu'on ne trouve dans aucun autre Écrivain. Il paroît surprenant qu'un Pays découvert depuis si longtems porte encore toute les apparences de la plus grossiere barbarie.

«L'entrée de la Baye, dit-il, est pendant l'espace d'une lieue, à l'Est d'un Promontoire rond & couvert de sable, que plusieurs prennent pour le Cap Saint-Luc; mais je suis persuadé que le Cap Saint-Luc est une autre tête de terre qui se présente au Sud-Est de ce Promontoire, à trois lieues de distance, parce que, suivant l'ancienne Relation de sa découverte, il fait la pointe la plus Orientale. Quand on est au large, on prendroit ce Cap pour une Isle. Pour entrer dans la Baye, en venant du côté de l'Ouest, ce qui est presque toujours nécessaire à cause des Courans, on est dirigé par quatre grands rocs, dont les deux plus Occidentaux sont fort escarpés, & s'élèvent en pain de sucre. Le second, c'est-à-dire le plus intérieur, est percé de manière qu'il forme une arche, comme celle d'un Pont, au travers de laquelle la Mer s'est fait un passage. On s'avance ainsi au long des rocs jusqu'au fond de la Baye, où l'on peut jetter l'ancre sur un fond de dix ou douze brasses, jusqu'à vingt ou vingt-cinq. C'est-là qu'on trouve Puerto Seguro, qui n'est qu'un petit amas de mauvaises cabanes, habitées par environ 200 Indiens. Les hommes sont entiérement nuds. Les femmes portent autour des reins une peau de quelque animal, qui leur descend jusqu'aux genoux. L'occupation de ces Barbares est la pêche & la chasse. Ils preferent à l'or & à l'argent, un couteau, des ciseaux, des cloux, une serpe, & nos autres instrumens de fer. Leur taille est droite & bien proportionnée, leur chevelure longue & noire, & la couleur de leur peau fort brune. Les femmes n'ont rien d'agréable dans la physionomie. Elles s'employent à recueillir & à piler entre des pierres differentes sortes de grains, ou à faire des filets pour la pêche. Depuis les Montagnes jusqu'à la Mer, le Pays est rude & pierreux, quoi-qu'entremêlé de quelques plaines & de quelques vallées fort agréables. Mais en général le terrain, dans cette partie de l'Isle, n'est qu'un sable fort sec, qui produit, pour tout bien, quelques arbustes dont les fruits servent de pain aux misérables habitans. Ils sont mieux en poisson. La Baye est remplie de dauphins, de mulets, de bremines, & d'autres especes, qu'ils tuent fort adroitement avec leurs dards, ou qu'ils prennent avec leurs filets. Les bois ne leur fournissent pas moins d'animaux pour la chasse. Ils tuent une prodigieuse quantité de daims, de cerfs, & de renards; sans parler des perdrix, des pigeons, & d'autres oiseaux qui foisonnent dans la campagne. Les ruisseaux leur donnent de l'eau fort pure. Ils ont au long de la Côte beaucoup de crête marine. Les rocs sont couverts d'huitres, qui sont rarement sans perles. Nous trouvames dans le secours des habitans, tout ce qui nous étoit nécessaire pour la réparation de nos Vaisseaux. Ils s'approcherent de nous sans défiance, quoique nous ne pussions nous entendre, s'empressant de nous offrir leurs provisions en échange pour des choses de peu de valeur. Je leur trouvai tant de douceur, que j'ai peine à me persuader, sur le témoignage des Espagnols, qu'il soit impossible de leur inspirer des principes de Religion. Je ne remarquai parmi eux aucune apparence de culte; à moins qu'ils n'adorent le Soleil, vers lequel ils levent souvent les yeux. Les Espagnols racontent qu'au Nord de Porto Seguro, on trouve d'autres Nations plus sauvages, guerrieres & perfides, avec lesquelles on n'a jamais pû former aucune liaison. Pendant le séjour que nous fimes sur cette Côte, l'air fut toujours clair & serein; & la bonne constitution des habitans semble marquer qu'il est fort sain. À notre arrivée plusieurs de nos gens reçurent quelques perles des Indiens; mais je n'en vis plus paroître dans la suite. Quand je leur montrai de l'or, pour leur faire connoître qu'ils auroient à ce prix beaucoup de fer, ils firent des signes vers les montagnes; de sorte que pour tirer apparemment plus d'avantage de leur Pays, il auroit fallu les entendre.»

Vents & Courans de la Mer du Sud.