22

Corax promit à Tisias de luy enseigner la Rhétorique, & Tisias de son côté s’engagea de lui en payer le Salaire; mais l’ayant apprise, il ne vouloit point le satisfaire, c’est pourquoy Corax l’appella en justice. Tisias se fiant sur la subtilité de sa Rhétorique lui demanda, en quoy consistoit la Rhétorique: Corax repondit, qu’elle consistoit dans l’art de persuader. donc dit Tisias, si je persuade les juges, que je ne te dois rien donner, je ne te payeray aucune chose, parce que je gagneray le procez; & si je ne les persuade pas, je ne te payeray pas non plus, parce que je n’auray pas appris à persuader; ainsi tu feras mieux d’abandonner l’entreprise. Mais Corax qui ètoit plus fin que luy, reprit l’argument de cette maniere; si tu persuades les juges, tu me dois payer, parce que tu auras appris la Rhétorique, si tu ne les persuader pas, tu me dois payer de même; parce que tu perdras ton procez, ainsi de quelle façon que ce soit tu dois me satisfaire.

23

Mecenas, Augustus’s Favourite, being entertained at Dinner by a Roman Knight, towards the end of the Meal, began to take some Liberties with his Wife; the Knight, to make his court to him, instead of shewing any jealousy of it, counterfeited Sleep; but seeing one of his Slaves going to take away something from the Cup board, Sirrah, says he, doest thou not see that I only sleep for Mecenas?

23

Mécéne Favori d’Auguste, étant regalé par un Chevalier Romain, sur la fin du repas il commença à prendre quelque libertez avec sa Femme. le Chevalier pour lui faire sa Cour, au lieu d’en paroitre jaloux, fit semblant de dormir; mais voyant qu’un de ses Esclaves alloit emporter quelque chose du Buffet, Coquin, lui dit-il, ne vois tu pas que je ne dors que pour Mécéne?

24

There was at Rome, in the Time of the Emperour Augustus, a poor Greek Poet who from time to time, when the Emperour went out of his Palace, presented him with a Greek Epigram; and though the Emperour took it, yet he never gave him any thing; on the contrary, having a mind one Day to ridicule him and shake him off, assoon as he saw him coming to present him with his Verses, the Emperour sent him a Greek Epigram of his own Composing, and writ with his own Hand. The Poet received it with joy, and as he was reading of it, he shewed by his Face and Gestures that he was mightily pleased with it. After he had read it, he pulled out his Purse, and coming up to Augustus, gave him some few Pence, saying, take this Money, Cesar, I give it you, not according to your great Fortune, but according to my poor Ability; had I more, my liberality would be greater. The whole company fell a laughing, and the Emperour more than the rest, who ordered him a hundred thousand Crowns.

24

Il y avoit à Rome, du tems de l’Empereur Auguste, un pauvre Poëte Grec qui de temps en temps, lors que l’Empereur sortoit du Palais, lui presentoit une épigramme Grecque, mais quoy que l’Empereur la prit, il ne luy donnoit pourtant jamais rien; au contraire, voulant un jour se moquer de lui, & le congedier, lors qu’il le vit venir pour presenter ses Vers, l’Empereur lui envoya une épigramme en Grec de sa composition, & écrite de sa main; le Poëte la receut avec joye, la leut, & fit voir en la lisant par son Visage & par les gestes qu’elle lui plaisoit beaucoup: l’ayant leüe, il tira sa bourse, & s’approchant d’Auguste, il lui donna quelques Sols, lui disant, prenez cét argent Cesar, je vous le donne, non selon vôtre haute fortune, mais selon mon petit pouvoir, si j’en avois davantage ma liberalité seroit plus grande; tout le monde se mit à rire, l’Empereur lui même plus que les autres, & lui fit donner cent mille écus.