Le mari ravi du marché de sa Femme, lui demanda d’abord qui ètoit le sot qui en avoit tant offert; quelque Benet comme vous pouvez croire, reprit la Femme, & pour preuve de cela, c’est qu’il vient de s’y fourrer pour voir le profit qu’il lui en reviendra. A ces Mots, le Galand, voyant qu’il ètoit tems qu’il joüât son Rolle mit la tête dehors, & dit: Bonne Femme, voulez vous que je vous parle franchement, ce cuvier est fort vieux & plein de fentes, & vous ne devez pas en Conscience en avoir ce que je vous en ai offert: Ensuite se tournant du côté du mari, il lui dit finement, & vous, mon ami, qui que vous soyez, je vous prie, donnez moy un peu une Chandelle, afin que je racle les ordures, & que je voye s’il fait pour moy, avant que j’en paye l’Argent, à moins que vous ne croyez que je l’aye derobé. Là dessus nôtre adroit Vulcain, ne songeant guere à ce qu’on meditoit contre lui, alla vîte chercher une Chandelle, & s’ètant approché de lui, il lui dit: Mon ami, ôte toi un peu de la, je te prie, & laisse moy voir ce que j’y puis faire, car il n’est que trop juste que tu l’ayes aussi net qu’il se pourra: ensuite ôtant son habit, & donnant la Chandelle à tenir à sa Femme, il entra dans le Cuvier, & se mit à travailler de toute sa force sur la lie seche, pendant que le rusé Galand en faisoit autant sur sa Femme, qu’il avoit couchée sur le cuvier.

All this while the good Woman, leaning over her Head to light her Husband, amus’d the poor Man by shewing him that here and there and there were places to be cleans’d. But at length both labours being ended, the contented Cuckold having receiv’d the half Crown, thought himself further oblig’d to take the Hogshead on his Back, and carry it to his Friends House.

Cependant la bonne Femme, baissant la tête pour éclairer son mari, amusoit le pauvre homme en lui montrant plusieurs endroits qui avoit besoin d’être nettoyez. Mais enfin le travail de l’un & de l’autre étant fini, le cocu content, après avoir receu le demi écu, se crut encore obligé de charger le cuvier sur son dos, & de le porter chez son Ami.


A Story taken out of Theophilus. 194

LArissa lov’d to tell Stories, and being one Day in Company, she was pleas’d to entertain them with the follies of her Youth, in this manner,


LArisse aimoit à conter, & se trouvant un jour en compagnie, elle voulut bien leur parler des folies de sa jeunesse, & le fit ainsi.

I served once a Roman Citizen, together with a young Grecian Slave, whom the Storm had also oblig’d to serve, tho’ born Free. Nature had engraven in the Face of this young Man all the marks of Nobleness, and of that good Education which he ow’d to his Birth and the care of his Parents; and one might easily see that he was not born for the Condition to which his hard Fortune had reduc’d him; if he was to carry any Burden, he sunk under the lightest; yet he would needs do every thing, and forgot his Birth, to adapt himself to the present State of his Fortune. But not being able to bear hard labour, nor the course Food of Servants, he grew insensibly very weak, and neglected himself to that degree, that he did not so much as comb his Hair, which was the finest in the World. In a little time he became lean and full of Wrinckles, his Eyes grew hollow and languishing, his Hands black and course; in fine, he was not the same Man: Melancholy had sunk his Spirit, as much as Fatigue had impair’d his Health. he figh’d often, and his affliction mov’d my Pity; I thought Fortune was very unjust to him; I endeavoured to comfort him under it; wept for his Misfortunes; taught him what he must do, and did part of it my self to ease him. His wretched state did not take away from him a noble Air, and I know not what preheminence over my Birth, which made me sensible of the difference of his, to which I willingly submitted. He knew well enough how much he was oblig’d to me, and return’d me thanks with the politeness of a Courtier. In short, I was so much affected with those Accomplishments, that thinking I had only Pity for his Misfortunes, I found my self in Love with his Person; and indeed I lov’d him desperately.

Je servois chez un Citoyen Romain avec un jeune Grec son Esclave, que la tempête avoit obligé de servir aussi, quoi que né libre. La nature avoit mis sur le visage de ce jeune homme toutes les marques de la noblesse & de la bonne éducation qu’il devoit à sa naissance & aux soins de ses Parens; et on voyoit bien qu’il n’étoit pas né pour l’état où son malheur l’avoit reduit; s’il falloit porter quelque fardeau, il succomboit aux plus legers: Cependant il vouloit tout faire, & il oublioit sa naissance, pour tâcher de s’accommoder à l’état present de la Fortune. Mais ne pouvant resister à la fatigue, ni à la nourriture de valet, il tomba peu à peu dans un grand abbatement, & il se negligeoit à un point qu’il ne peignoit pas même les plus beaux cheveux du monde qu’il avoit. En peu de temps il devint maigre & ridé, il eut les yeux cavez & languissans; les mains noires & pleines de calus: enfin il n’étoit plus reconnoissable. La tristesse lui avoit abbatu l’esprit, autant que la fatigue lui avoit alteré la santé. Il soûpiroit souvent; & son affliction me faisoit pitié; Je trouvois la fortune bien injuste à son egard; je l’exhortois à se consoler; je pleurois ses malheurs, je lui apprenois ses fonctions, & je le soulageois même de quelques-unes. Sa misere ne lui ôtoit pas un air noble, & je ne sçai quelle superiorité sur ma naissance, qui me faisoit sentir la difference de la sienne, à laquelle je me soûmetois volontiers. Il sentoit bien les obligations qu’il m’avoit & il m’en remercioit avec la politesse d’un homme de la Cour. Enfin toutes ces bonnes qualitez me toucherent si fort, que ne croyant avoir que de la pitié pour ses malheurs, je me trouvai de l’amour dans le cœur pour sa personne, & je l’aimai éperdument.