Susanne. Donne toy patience, et je te diray tout. N’as-tu jamais veu un homme qui fust tout nud?

Fanchon. Non, jamais en ma vie; j’ay bien vu quelquefois des petits garçons.

[(8)] Susanne. Tout cela n’est rien; il faut qu’ils soyent grands, tout au moins de l’âge de dix et sept ans, et que la fille en ayt quinze.

Fanchon. Cela estant, non, je n’en ay donc point veu.

Susanne. Escoute, ma pauvre cousine, je t’aime trop pour te rien celer: n’en as-tu pas veu quelqu’un qui pissât, et cest affaire avec quoy il pisse?

[(9)] Fanchon. Ouy, bien cela, ma cousine; j’en ay une fois vu un dans la rue qui pissoit contre une muraille, et qui tenoit quelque chose en la main que je ne pouvois deviner, et comme il me vit venir du long du mur, il se retourna vers moy, et me fit voir comme un bout de boudin blanc qui estoit assez long, dont je m’esmerveillai que je n’en avois point de pareil.

Susanne. Et c’est tant mieux, pauvre ignorante, que tu n’en ayes point, car cela feroit que tu ne pourrois recevoir ce grand plaisir, mais je te diray encore à ceste heure bien des choses dont tu seras encore plus estonnée.

Fanchon. Ma cousine, vous m’obligerez, mais que je vous dise encore ceci auparavant: n’y a-t-il que les garçons et les filles qui peuvent avoir ce plaisir?

Susanne. Vrayement, nous sommes bien loin de compte, il y en a de toutes les façons [(10)]; il y a premièrement donc les garçons et les filles, et il y a les messieurs et les dames, qui est une autre façon, et de plus les maris et les femmes, mais tout cela s’appelle communément les hommes et les femmes.

Fanchon. N’y a-t-il pas de différence entre eux pour ceste chose-là?