Susanne. Or sus, trefve de compliments, et disons encore cecy: l’amour a cela d’accommodant qu’il satisfaict entièrement tout le monde selon sa portée: les ignorans par une pleine jouyssance des plaisirs qu’ils y trouvent sans sçavoir d’où ils viennent, les habiles gens par les douces imaginations que l’esprit y conçoit en les recevant. Par exemple, dans ceste posture que l’homme faict tenir à la femme quand elle monte dessus, combien de douces considérations peuvent satisfaire l’esprit, causées par le seul eschange mutuel des devoirs et des volontez qui se practique entre eux; car de chevaucher simplement une femme qui se laisse faire et que la honte ou la froideur empeschent de passer outre dans la recherche du plaisir, c’est une satisfaction commune, et il n’y a que le plaisir de descharger dans son con qui chatouille les sens de l’un et de l’autre pour un peu de temps. Mais quand, au lieu de veoir que l’homme se tourmente pour venir au point désiré, c’est au contraire la femme qui prend ceste peine de chevaucher et qui prend la peine d’elle mesme de s’engaigner autour de sa forte et dure lance, en faisant pour cela, à ses yeux, les actions requises et nécessaires, ô! dame, c’est un bonheur qui n’a point d’esgal et qui les doibt ravir en des contentemens extrêmes. [(80)] Car il voit sur luy le ventre, le nombril, les cuisses, la mothe, le con et généralement tout le corps de sa mieux aymée, qui donne de vifs esguillons à sa flamme; il voit et sent l’agitation naturelle qu’elle faict sur luy en luy pressurant amoureusement la plus pretieuse partie de luy mesme; il l’admire en face, qui faict toutes ces choses; il semble qu’il doubte, il taste encore pour s’asseurer de son bonheur, il s’escrie de plaisir chaque coup qu’elle donne, il se transit d’ayse en sentant ses attouchemens, et estime plus son bon vouloir que le reste, asseuré qu’il est d’en estre aymé. Et quand l’amour après vient à payer le tribut deu à leurs contentemens, il voit fondre son plaisir dans ses yeux, et comparant les clairs rayons qui viennent de ces mêmes yeux, vrais miroirs de l’âme, avec les postures et grimaces naturelles qu’elle faict de son corps, de ses reins, de sa teste, de ses cuisses et de la partie la plus secrète où il a le contentement de loger son membre tout entier, croit que ses autres membres, bien qu’ils ne voyent goutte, ne laissent pas de sentir leur part du plaisir. La femme aussi, qui est dessus, considère de son costé et faict des reflexions particulières sur chasque posture, en suite à les conter toutes une par une, qui a son nom propre aussi bien que ses ragousts différents, sur lesquels on recommenceroit d’icy à dix ans.

[(81)] Fanchon. Ma cousine, ce ne seroit jamais faict qui voudroit icy rapporter les imaginations de tout le monde, car, pour moy, j’en puis bien concevoir des autres que celles là, et qui ne me semblent pas moins douces ny moins remplies de volupté et délectation; mais dites-moy seulement une chose, tandis que vous mettez votre coeffe pour vous en aller.

Susanne. Quoy?

[(82)] Fanchon. Quelles sont les qualitez plus requises à deux amans qui baisent, pour se rendre tout à fait heureux dans la possession qu’ils ont l’un de l’autre?

Susanne. Ha! ma foy, cela ne se dit pas en si peu de temps qu’en mettant ma coeffe, car il nous faudroit discourir premièrement de la beauté qu’ils doibvent avoir l’un et l’autre, et puis en venir à d’autres particularitez qui seroient trop longues à deduire maintenant.

Fanchon. Et qu’importe, ma cousine, plus vous y serez et plus le plaisir sera grand. Vous voylà bien malade! pour un quart d’heure que vous y serez. Soyez en plustost deux et accordez cela à ma prière; car qu’est-ce qui vous presse si fort? il n’est point encore si tard. Si c’est que tousjours mesme discours vous déplaise, vous avez beau faire, car c’est un effect de ma destinée aujourd’huy que je ne sçaurois entendre parler sinon d’amour.

Susanne. Tu auras encore cela de moy, veu que tu le veux, mais après cela n’attends pas de me retenir davantage, m’estant tout espuisée de ce que je sçavois. C’est pourquoy, aussitost la demy heure passée, à la première question que tu me feras, certes, je couperay court et m’en iray.

[(83)] Fanchon. Ma cousine, je le veux; c’est pourquoy remettons-nous dans le discours d’amour, et premièrement, par où commenceray-je? je ne sçay. D’où vient que quand je suis esloignée quelque temps de mon amy, et que je me représente à tout temps la jouyssance que j’aurois de luy, j’ay une telle imagination et amour pour son vit et ses coüillons que, sans songer à ses autres perfections, je me le figure tousjours tel que s’il me le fourroit dedans le con avec force et qu’il eust de la peine à entrer, tellement que mon engin se quarquillant et se desgluant, le dedans de ma nature me démangeast furieusement, et qu’enfin entré, je le sentisse tout au fond proche la matrice, et là opérant par de petits coups lors que la teste du vit rentre dans la peau et qu’elle ressort avec rage, tellement que je n’en puis plus? Une telle pensée me met en un tel goust de la fouterie que je ne suis jamais sans y songer, ou à moins que je tienne son vit dans ma main, à belle poignée, qui se bande tant qu’il peut.

Susanne. Cela est commun à tous ceux là qui ayment, et c’est un effect de ton désir qui te met aussi vivement les choses devant les yeux que si elles estoient en effect présentes; et par la représentation plustost que tu fais de ce vit que de toute autre chose, cela faict veoir que toute l’idée de la beauté que l’on renferme dedans l’object aymé et qui consiste dans une belle façon de visage et agreement des autres membres, lesquels sont incomparablement plus beaux que les deux natures générantes de l’homme et de la femme, néanmoins est effacée et comme soubmise à ceste autre idée qui faict imaginer le plaisir qu’on a quand un membre s’introduit dans un autre, tellement qu’elle est seulement une circonstance qui n’est au plaisir que la dernière et qui ne sert de rien. Par exemple, d’avoir un bel œil, une belle cuisse, une belle main, qui pour rendre plus grand le plaisir que l’on a de mettre le vit dans le con: sçavoir l’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive, et représenter à la personne aymée l’image du plaisir de son âme lorsque le grand et indicible chatouillement arrive; la belle cuisse sert d’admiration à nos sens, dans la contemplation d’une structure si polie et qui excite merveilleusement nos appétits sensuels; enfin ceste main blanche, pourprine et délicate, est la cause que le vit s’enfle d’une telle vistesse que nous jugerions, avant que le foutre en soit dehors, qu’il deust crever: si bien que la beauté de ces parties et des autres cause un changement tout extraordinaire et incroyable.

[(84)] Fanchon. Ma cousine, je conçois ce que vous dites, et puisque nous sommes sur le chapitre de la beauté, je voudrois que vous m’en fissiez une description telle que vous la demanderiez si vous vouliez représenter une jouyssance parfaicte et qui fust accompagnée de tous les plaisirs qui peuvent provenir de ceste beauté.