Susanne. Nenny dea, ce n’est pas assez, car je veux de plus que dans le temps de l’accouplement ils observent les convenances qui suivent. Je veux que la fille soit un peu honteuse à certaines choses et que l’homme soit plus hardy; je ne veux pourtant pas qu’elle soit si honteuse que de luy refuser sottement quelque chose que l’amour exige d’elle, mais je veux seulement que sa honte tesmoigne qu’elle n’oseroit faire ce qu’elle voudroit bien, et qu’elle ne serve à son amy que d’attraicts pour luy donner plus d’envie de faire, de rapiner des choses que elle luy voudroit refuser ou défendre. Il faut que le garçon ose tout, car la fille n’a pas bonne grâce de tout oser et est bien ayse d’estre prévenue dans le choix des plaisirs qu’elle voudroit sentir et qu’elle n’ose déclarer par crainte. C’est pourquoy il aura l’œil à tout, et qu’il prenne garde aux moindres indices qui partent d’elle, soit aux souspirs, aux gestes ou aux paroles ambiguës, pour conjecturer de là le véritable motif qu’elle a et la satisfaire en ce qu’elle désire. Au contraire, quand il luy aura mis le vit au con, comme il n’est plus temps de délibérer, je veux qu’il la secoue effrontément et sans garder aucune mesure pour considération d’honneur ny de bienséance, et qu’elle, en le regardant, tienne honteusement la veuë collée sur luy, feignant de s’estonner des douces violences qu’il commet en son endroit. Et je veux qu’en l’approchement des deux culs l’eschine du garçon se vienne à recourber en arc jusqu’au bout du croupion, comme à l’endroit où tient par devant la corde de l’arc qui se tire, qu’en suite elle vienne à s’ouvrir droicte en se relaschant et que, se rapprochant subitement à son premier estat d’être courbe, elle fasse juger que la nature est en souffrance quand elle est ainsi droicte, et qu’il lui est plus naturel et plaisant de retourner à son ply. Bref, je veux qu’il n’ayt point autre pensée en l’esprit que celle de practiquer aveuglément tous les moyens qu’il pourra pour l’enfiler mieux à son advantage; la fille de son costé, pour estre tendre et délicate, se plaindra un peu d’abord, par bienséance, de l’effort, et luy dira par forme qu’il luy faict mal, mais pourtant qu’il ne craigne rien et que le mal soit si grand que le plaisir. Et pour grand que soit son vit, pourveu qu’il soit assez bandé pour faire bresche, il entrera bien dedans, et alors le plaisir en sera tant plus grand par après, de sorte qu’il faut qu’elle soit souple et obéissante à ses volontez et qu’elle ne soit pas si sotte de luy rien refuser de tout ce qu’il luy demandera pour adoucir son plaisir, car elle seroit bien niaise et malheureuse d’un contentement qui luy en devroit tant causer. Et luy, pour cela, sans discontinuer de pousser, luy donnera courage, il la baisera et l’amadoüera par douces paroles, achevant l’ouvrage commencé. Je veux au reste que la fille soit souple et obéissante aux désirs du garçon, qu’elle s’agence en toutes les postures, qu’elle remue de toutes les façons, qu’elle fasse de ses mains tout ce qu’il voudra, bref, que son corps ne soit point à elle et qu’elle ne luy puisse rien refuser de tout ce qu’il luy voudra demander. Cela luy tournera tousjours à honneur et profit, de quelque façon que ce soit, car si elle est ignorante ou qu’elle la veuille faire, comme elle ne devra pas sçavoir ce qui est honneste de permettre ou ce qui ne l’est pas, elle aura tousjours bonne grâce de luy accorder tout par amour et de dire cependant qu’elle ne sçait si cela est bien; et si elle est sçavante et rusée, au contraire, elle auroit tort d’avoir honte d’une chose qu’elle auroit desjà faicte, et elle seroit bien sotte, encore bien que malicieuse, de se priver d’un plaisir qui en devroit tant donner à ce qu’elle ayme. Je veux donc qu’elle soit privée de tous ces scrupules qui vont directement à la destruction du plaisir. Je ne veux pas non plus qu’elle fasse sortir avec la main le membre de celuy qui est bien intentionné à la chevaucher, c’est un trouble qu’elle ne répareroit jamais, mais si elle a quelque chose à luy tesmoigner, que ce soit seulement de bouche, sans user de main mise, et qu’elle l’oblige à user de plus de douceur envers elle en luy disant ses raisons. Il sera peut estre sensible à la pitié; au pis aller, si elle ne le peut esmouvoir et qu’elle trouve le membre un peu trop gros, je veux qu’elle se contraigne pour l’amour de luy, et se laissant surmonter par son propre amour, qui est plus fort que toutes choses, à mesure qu’elle fera ses hélas! et ses complaintes, il faut qu’elle l’estraigne de plus en plus fort et luy laisse deviner, quand elle crie, si c’est de douleur ou de plaisir.

[(91)] Fanchon. Ma cousine, quand je vous escoute, ces leçons sont bien esloignées de celles qu’une mère faict à sa fille quand elle lui presche la vertu et l’honnesteté.

Susanne. Ainsi va le monde, ma pauvre cousine: le mensonge gouverne la vérité, la raison veut reprendre l’expérience, et les sottises s’érigent en titre de bonnes choses. La virginité est une très-belle chose en paroles et très-laide en ses effects; au rebours, la paillardise n’a rien de plus hydeux que le nom et rien de plus doux que les effects. Les gens mariés paillardent aussi bien que les autres, ils font toutes les mesmes actions et postures, et encore plus souvent que les garçons et les filles; les plus scrupuleux, c’est toujours le vit au con qu’ils agissent, et la cérémonie ne change rien au mistère d’amour. Mais c’est assez prescher pour un coup, nous ne sommes point icy pour corriger le monde: il faut qu’il y ayt des fols pour faire paroistre les sages, et ceux-cy ont d’autant de plaisir à cela qu’ils sont seuls à le cognoistre et qu’ils se mocquent de la folie des autres.

Fanchon. Ma cousine, c’est bien dit; au lieu de nous instruire, nous serions les correcteurs sans gages de la folie d’autruy. Chacun vive à sa mode, et pour nous, achevons ce que nous avons commencé, car il me semble qu’il n’y a rien de plus plaisant que l’amour, et toutes les heures qui sont employées à son exercice sont les plus agréables de nostre vie. Vive un bon gros vit bien nerveux et tendu, vive un joly petit con, avec sa mothe velue, qui nous causent tant de délices. Il n’y a le plus souvent que le foutre qui defaut dedans le vit qui faict qu’il ne peut pas si bien bander, mais tant qu’il y en a, nostre con est toujours prest à l’avaller, quand il couleroit en nous tout entier. Chevaucher trois ou quatre coups ne faict que mettre en appétit; il faut continuer tant qu’il y en a, pour nous donner du passe temps. [(92)] Je voudrois bien encore vous faire une question: qui sont les personnes le plus propres à traicter l’amour, des femmes ou des filles?

Susanne. Ce sont les femmes, et sans doute parce qu’elles ont plus d’expérience et qu’elles cognoissent mieux les délicatesses propres à ceste passion.

Fanchon. Et pourquoy est-ce donc qu’il y en a qui ayment mieux les filles?

Susanne. C’est qu’ils prennent plaisir à instruire des innocentes et qu’ils trouvent bien plus d’obéissance en elles dans les façons de s’agencer, et que leur con n’estant pas si élargi, le vit y est placé plus à l’estroit et donne plus de chatouillement à l’un et à l’autre.

Fanchon. Et pourquoy est-ce aussi qu’il y en a qui ayment mieux chevaucher les femmes?

[(93)] Susanne. C’est, comme j’ay desjà dit, qu’elles sont plus habiles à donner de l’amour, aussi qu’il n’y a pas tant de danger à courir avec elles comme avec les filles.

Fanchon. Et quel danger y a-t-il?