Le cappitayne Orsey vous fera supplication pour le comte de Montgommery.

CCCXXVe DÉPESCHE

—du XXIIe jour de juing 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne.)

Audience.—Négociation du mariage.—Déclaration d'Élisabeth qu'elle a chargé le capitaine Orsey d'offrir sa médiation entre le roi et les protestans de la Rochelle.—Conditions sous lesquelles elle pense que se pourrait faire le traité.

Au Roy.

Sire, aussytost que j'ay faict sçavoir à la Royne d'Angleterre que je desiroys parler à elle, elle m'a incontinent mandé venir, et a faict différer d'aultant le partement du cappitayne Orsey, affin que, si de mes propos elle comprenoit qu'il y eût quelque changement ez dellibérations de Voz Majestez, elle peût aussy fère changer quelque chose en sa dépesche; mais les propos, que je luy ay tenus, sont ceulx de vostre lettre du Xe du présent, qui concernent le faict du mariage, l'entrevue de Monseigneur le Duc, la continuation du traicté, le présent estat des choses d'Escoce, la dilligence que le Roy de Pouloigne faict de réduyre, non moins par condicions honnestes, et pleines de vostre clémence, que par force d'armes, ceulx de la Rochelle à vostre obéyssance, l'approbation de l'élection du dict Roy de Pouloigne par le commun consens de toutz les Estatz bien unis du royaulme. Et après, je suis venu à luy débattre bien fort la responce de ceulx de son conseil, et que je la prenois comme une forme de deffecte, affin que la dicte Dame s'explicquât elle mesmes à quoy elle prétandoit de fère servir ce voyage du dict cappitayne Orsey, et en quelle sorte elle entendoit de s'employer à la paix de vostre royaulme. Et puis luy ayant dict, en passant, que j'estois adverty que les ennemys de son mariage, quand ilz avoient veu qu'on esclarcissoit bien fort les principalles difficultez, s'estoient desjà efforcés d'y susciter beaucoup d'escrupulles à Voz Majestez, je luy en ay faict prendre plusieurs à elle de ces négociations qui se font avec son ambassadeur, sans toutesfoys nommer ny luy, ny ceulx qui négocient avec luy; et n'ay rien obmis de ce que j'ay estimé qui pouvoit servir de tirer, sur ces particullaritez, quelque notice de l'intention de la dicte Dame.

Et elle a monstré qu'elle estoit déjà toute préparée de ce qu'elle me debvoit dire, et m'a respondu que Vostre Majesté, et la Royne, vostre mère, ne debviez prendre, sinon de bonne part, qu'elle eût communiqué à ceulx de son conseil l'offre que luy aviez faicte de l'entrevue, affin qu'elle ne procédât seule en ung affère, où toutz ceulx de son royaulme estoient avec elle intéressés; et qu'après avoyr ouy leurs advis, lesquelz, à dire vray, elle avoit trouvé fondés en de bien grandes considérations, elle n'avoit peu du tout leur contredire, ains avoit prins avec eulx cest honnorable expédient de fère précéder le voyage du cappitayne Orsey, affin que si Monseigneur le Duc avoit, puis après, à passer deçà, sa venue fût et plus agréable à tout ce royaulme, et plus utille à l'effaict pour quoy elle se faysoit; qu'elle avoit esleu le cappitayne Orsey, comme affectionné à vostre couronne, pour fère ceste légation, laquelle n'estoit dissemblable à celle que plusieurs aultres princes, de non meilleure qualité qu'elle, avoient bien envoyé fère, d'aultres foys, aulx feus Roys, vostre ayeul et père, en temps moins pressé qu'estui cy, qui ne s'en estoient retournés esconduictz:

«C'est, dict elle, de vous prier que vueillez donner la paix à voz subjectz, et regaigner l'obéyssance, qu'ilz vous doibvent, par clémence, en préservant leurs vyes et leur religion; et qu'elle vous offre son office en cella pour servir, premièrement, comme Royne, à la réputation et grandeur de Vostre Majesté, et, puis, comme chrestienne, à la conservation de ceulx de sa religion; et que, s'il vous plaist que le gentilhomme, qu'elle envoye, passe jusques vers le Roy de Pouloigne, vostre frère, pour davantage manifester et rendre plus cognue ceste sienne bonne intention, et mesmes le fère entendre à ceulx de la Rochelle, qu'il sera prest de s'y acheminer; et qu'elle vous supplie de croyre qu'elle tient en tel compte l'offre et la déclaration de Voz Majestez vers elle, qu'elle sera infinyement bien ayse que vous recognoissiez et trouviez, par l'effect de ceste légation, qu'elle veut commander d'en avoyr recognoissance; car Dieu void dans son cueur qu'elle la vouhe et dédie toute à l'honneur et commodicté de Vostre Majesté et de vostre royaulme, sans qu'elle y cherche la valeur d'un festu pour elle; et, vous prie que vueillez recepvoir en ceste façon ce gentilhomme, et en ceste façon en uzer; et, si voyez que ne vous en puissiez ainsy accommoder, que vous le renvoyez ardiment comme il est allé;