Au Roy.

Sire, sur une assés légière nouvelle, que le docteur Dailh a escripte à la Royne, sa Mestresse, le bruict a couru, deux jours durant, en ceste ville, et est allé bien loing dans ce royaulme, que ceulx de la Rochelle s'estoient rendus à Vostre Majesté ez meins du Roy de Pouloigne, vostre frère, le XVIIe du passé. De quoy ceste princesse, et les siens, entendant que c'estoit à des condicions qui n'estoient sinon assez tollérables, ilz ont faict semblant d'en estre bien ayses, et ont monstré de se disposer à quelque chose de mieulx qu'ilz n'estoient auparavant vers la France; mais, le troisiesme jour, il est arrivé ung second courrier du dict docteur Dailh, qui a porté nouvelles bien contrayres: c'est que le traicté de la composition estoit du tout rompu, parce que ceulx de dedans demandoient plus que ne portoit le dernier édict de Vostre Majesté; et que, pendant encores qu'on parlementoit avec eulx, le Roy de Pouloigne avoit faict donner feu à une mine, et, quand et quand, assault, et une escalade, dont il avoit esté repoussé et sa personne mesmes blessée, et que les choses tendoient, sans aulcun remède, à l'extrémité. De quoy les Angloys, et pareillement ce nombre de voz subjectz qui sont icy, ont commancé à penser de toute aultre chose que la paix, et croy que, sans le voyage du cappitayne Orsey, ilz l'eussent desjà plus manifesté qu'ilz n'ont. Et m'a l'on dict que celluy qui vint, sur la fin du mois de may, de la Rochelle, a dict que les assiégés estoient fermement résolus d'attandre le dernier poinct de la dicte extrémité, et mettre lors le feu en leur ville, pour fère une irruption et salie sur vostre armée de mer, ou sur celle de terre, affin d'essayer par les armes tout ce que peut le désespoir.

L'on a retiré à Barvic les forces et l'artillerye, que la Royne d'Angleterre avoit prestées au comte de Morthon, et aulcuns gentilshommes, des pensionnayres de ceste princesse, qui estoient allez à l'entreprinse de Lillebourg, sont desjà de retour, en court. Guaras, agent du duc d'Alve, a tant faict vers ceulx de ce conseil que deux cappitaynes angloys, qui alloient en Ollande, ont esté arrestez, mais il en est allé d'aultres. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIe jour de juing 1573.

CCCXXVIIe DÉPESCHE

—du IIIe jour de juillet 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)

Blessure du roi de Pologne.—Nouvelles agitations en Irlande.—Desir du comte de Montgommery de travailler à la pacification.—Nouvelles d'Écosse.—Réclamation faite par Marie Stuart de ses diamans qui étaient à Lislebourg.—Mission de Mr Duverger, auprès de la reine d'Écosse.

Au Roy.