Désignation de Me Randolf pour passer en France.—Remise de l'ouverture du parlement.—Menées du duc d'Albe.—Secours donnés par les Anglais au prince d'Orange.—Desir des réfugiés de rentrer en France.
Au Roy.
Sire, je vous ay renvoyé Jacques, le courier, le XIIIIe de ce moys, avec le récit de toutes les responces que la Royne d'Angleterre m'a faictes, quand je luy ay présenté les lettres, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et le Roy de Pouloigne, et Monseigneur, luy avez, toutz quatre, escriptes de voz meins, ensemble ce que j'ay peu nother davantage des propos que les seigneurs de ce conseil m'ont tenu; qui n'en racompteray rien plus icy, et seulement vous diray, Sire, que Me Randolf, lequel la dicte Dame a mandé par la poste, parce qu'il estoit absent avec le comte de Lestre, est arryvé le deuxiesme jour après, et est allé descendre au logis de milord trézorier, où j'estime qu'il a esté fort soigneusement examiné; et ne se publie encores rien de son partement, ny ne s'en sçaura, à mon advis, le certein, jusques à demein au soyr, que le dict comte de Lestre doibt estre de retour. Et ne voy pas qu'il me puisse estre bien séant, Sire, de fère rien davantage, touchant l'élection du dict Randolf, plus que ce que j'ay desjà faict; car est besoing, en l'endroict de ceulx cy, sur une telle chose, après les avoyr bien advertys une foys seulement, les laysser, de là en avant, fère comme ilz l'entendent, aultrement ilz s'imagineroient des souspeçons qui seroient très difficilles de les leur oster. Je procèderay en cella, et en toute aultre chose, qui concernera icy l'advancement de cest affère, le plus accortement que je pourray.
Le chancellier et le grand trézorier, et le grand chambelland, et plusieurs aultres seigneurs de ce conseil et de la noblesse de ceste court, se sont trouvés à l'ouverture de ce terme de la justice, le segond vendredy de ce moys, pour remettre encores plus loing la tenue du parlement, duquel la continuation estoit assignée au XVe de ce mesmes moys; et ilz l'ont prononcée au IIIIe de febvrier prochein: et ont fort dilligemment examiné la cause de ceste élévation, qui avoit apparu, vers Cambrich, à quarante mille d'icy, où ilz ont trouvé qu'il y avoit de la malice d'aulcuns et de la simplicité des aultres; et sont après à y donner quelque forme de chastiement, si discrète, qu'elle ne puisse effacer le lustre du repos, qu'on veut persuader à ung chacun qu'est bien estably en ce royaulme.
Ces libelles, que les angloys, qui sont à Louvein, en avoient envoyé semer icy ung nombre, ont mis du trouble beaucoup en ceste court; car il y est remonstré aulcunes choses à ceste princesse, de ceulx à qui elle donne la principalle authorité, qu'il semble qu'elles soient très expresses et bien fort apparantes contre eulx, de sorte qu'ilz ne sçavent où ilz en sont, et creignent que leur crédit en demeure fort ravallé; et présuppose l'on que le duc d'Alve a tenu la mein à cella, et qu'il faict que les partisans de Bourgoigne, icy, monstrent eulx mesmes d'en estre offancés, affin que ces imputations soient esclayrées et espluchées davantage, et que, par une telle attacque, ceulx qu'il luy semble que tiennent icy les choses trop reddes contre le Roy, son Mestre, en soient d'aultant réprimés. J'entendz qu'il a esté proposé de fère bientost passer quelque personnage de bonne qualité, de la part du dict Roy d'Espaigne, vers ceste princesse, mais ne se parle plus que ce soit le duc de Medina Celly, soubz couleur de son retour, ains que ce sera ung aultre seigneur, tout exprès, et, possible, ung ambassadeur résident. Néantmoins le prince d'Orange ne laysse, pour cella, d'avoyr tousjours icy bien vifves ses praticques, et tire ordinayrement beaucoup de commodités de ce royaulme; et mesmes les Escossoys, qu'il a, qui sont bien douze centz cinquante en nombre, luy ont esté addressés d'icy; vray est qu'on assure que leur payement vient des deniers que le dict prince et le comte Ludovic, son frère, avoient faict dépositer, l'année passée, en France, pour une nouvelle levée de françoys, après la route de Genlis,[23] et m'a l'on confirmé, de rechef, qu'il se prépare encores mille escouçoys à cheval pour aller, à ce printemps, trouver le dict prince.
J'ay baillé des passeportz à douze ou quinze soldatz françoys, qui sont naguyères venus de Ollande, pour eulx retirer en leurs maysons, qui sont les ungs de Languedoc et Provence, les aultres de la Guienne, les aultres de Bretaigne, et les aultres de Normandye, et plusieurs d'entre eulx catholicques, qui s'estoient layssés mener par diverses persuasions au dict pays, avant la défaicte ou peu après icelle du dict Sr de Genlis. Et toutz m'ont protesté, avecques sèrement, de vivre, sans contradiction aulcune, en bons et très humbles subjectz, soubz l'obéyssance de voz édictz.
Je vous supplie très humblement, Sire, de m'envoyer les saufconduictz pour les Srs de Languillier, Du Refuge, Des Champs, La Meaulce, à chacun ung; et pareillement pour Moyssonnyère, car ceulx là feront si bien le chemin aulx aultres, qu'à peyne en restera il pas ung, après eulx, par deçà. Et desjà le cappitayne La Meaulce s'estoit confié sur ung passeport mien, mais, ainsy qu'il a voulu partir, il est tombé si extrêmement malade qu'on ne sçayt qu'espérer de luy. Les aultres françoys, qui sont de robbe longue, marchandz, artisantz, et leurs femmes, repassent toutz les jours de dellà, et en est repassé plus de cinq centz depuis ung moys. Sur ce, etc.
Ce XVIIIe jour d'octobre 1573.
CCCXLVIe DÉPESCHE
—du XXIIIe jour d'octobre 1573.—