Ce XVIIe jour de décembre 1573.

CCCLVIIe DÉPESCHE

—du XXIVe jour de décembre 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Retour de Me Randolf à Londres.—Résolution du comte de Montgommery de se retirer à Gersey.—Inquiétudes causées en Angleterre par les puritains.—Affaires d'Irlande.—Nouvelle irritation d'Élisabeth contre Marie Stuart.—Autorisation donnée à l'évêque de Ross de passer en France.

Au Roy.

Sire, après avoyr faict sçavoyr à la Royne d'Angleterre que Me Randolphe estoit licencié de Vostre Majesté, et s'estoit achemyné de Chalons, le Ve de ce moys, pour la venir retrouver, il s'est passé dix ou douze jours qu'elle n'a entendu aulcunes nouvelles de luy, de quoy elle n'a pas esté contante de son peu de dilligence. Et enfin il est arryvé, le jour de St Thomas, sur l'entrée de la nuict; et n'a poinct bougé, ce soyr, de son logis; mais, le bon matin, il est allé en court, où il a esté fort curieusement examiné sur le pourtraict; et puis m'est venu trouver pour me prier de remercyer très humblement Vostre Majesté du favorable traictement, qu'il vous avoit pleu luy fère recevoyr en France, trop meilleur qu'il ne l'avoit mérité, et plus grand qu'il ne l'eust sceu desirer, et que, ayant, pour cella, beaucoup d'obligation à vostre service, il satisferoit à son debvoir de rapporter fidellement à la Royne, sa Mestresse, et en ceste court, les choses qui résultoient de sa légation; car c'estoit ce en quoy il se pouvoit, à présent, monstrer vostre serviteur; et que desjà il y avoit donné tel commancement qu'il espéroit que son voyage ne réuscyroit, de toutes partz, inutille; et que, de tant qu'il n'avoit encores veu milord trézorier, à cause de son indisposition, il me prioit de l'excuser, s'il n'entroit plus avant en discours avecques moy, jusques à ce qu'il eût parlé à luy. Et ainsy m'a promis qu'il reviendroit une aultre foys.

Cependant j'ay pourveu, Sire, par toutz les meilleurs moyens qu'il m'a esté possible, qu'il ne puisse, quand bien il le voudroit fère, rien changer ny déguyser de la vérité des choses; et ceulx qui le cognoissent m'assurent fort qu'il ne le fera pas, et qu'il dira franchement ce qu'il a veu, bien qu'il se soit assez faict remarquer pour ung de ceulx qui, depuis la St Barthèlemy, se sont plus formalizés et opposés à ce bon propos. Et suis bien marry que milord trézorier se trouve ainsy mallade maintenant, et si abbattu de la goutte et d'aultres indispositions, encores pires, dans son lict, qu'il ne peut donner ny le conseil, ny la conduicte à ce négoce, qu'il monstre bien qu'il voudroit fère. Je verray, le plus tost que je pourray, la dicte Dame pour, incontinent après, vous mander comme je l'auray trouvée satisfaicte de ce voyage de Randolphe.

Le comte de Montgommery, avant partyr d'icy, m'est venu dire qu'elle l'avoit mis en propos de Monseigneur le Duc, et luy avoit semblé qu'elle avoit meilleure inclination vers luy qu'il ne cuydoit, dont luy avoit offert de rechercher, le pluz avant qu'il luy seroit possible, le fondz de l'intention qu'il pouvoit avoir vers elle, pour la luy fère sçavoyr, ce qu'elle avoit monstré d'avoyr fort à plaisir; et luy avoit dict qu'il estoit bien besoing que quelqu'ung le ramenteût, car bien peu, de ceulx d'auprès d'elle, parloient maintenant, icy, pour luy. Le dict de Montgommery, après avoir parlé deux foys à elle, et avoyr esté quatre jours en ceste court, il s'en est allé à Sion, une mayson de la dicte Dame, à huict mille d'icy, où il s'est retiré avec toute sa famille, et n'en bougera jusques à ce que je luy auray faict sçavoyr la responce de Vostre Majesté, après laquelle il dict avoyr obtenu de pouvoir aller habiter ez isles de Gersay et Grènesay; lesquelles ne sont qu'à sept ou huict lieues de sa mayson, d'où il pourra tirer ses commoditez, mais que ce a esté à très grand difficulté, que la dicte Dame et ceulx de son conseil le luy ont voulu concéder, tant ilz sont meffiantz depuis la paix; et n'a esté sans qu'il ayt desjà baillé son segond filz au comte de Lestre, pour estre nourry en l'escuyerye de la dicte Dame. Encores pensent aulcuns que ce a esté le cappitayne Leyton, gouverneur de Grènesay, qui luy a beaucoup aydé d'obtenir cette permission, parce qu'il prétend espouser une des filles du dict comte, qui est veufve, mais il semble qu'elle n'ayt aulcune volonté d'y entendre.