Sire, bien peu d'heures, après que Me Randolphe a eu faict son rapport et présenté le pourtraict à la Royne d'Angleterre, j'ay esté adverty qu'il avoit parlé à elle dignement, et en homme entier, des choses qu'il avoit veues et ouyes en France, sans en rien dissimuler, et l'avoit rendue beaucoup plus satisfaicte des principaulx poinctz de sa légation, et mesmement du plus principal, qu'elle ne l'espéroit; dont suis allé la trouver, avec l'argument de la lettre de Vostre Majesté que le dict Me Randolphe m'avoit apportée. Et, après aulcunes particullarités de la satisfaction, qu'il vous avoit donnée, de beaucoup de bons et honnestes propos que, par deux foys, à l'aller et au retour, il vous avoit tenus, de l'amityé que la dicte Dame vous portoit, et comme il vous avoit aussy trouvé d'une semblable et si entière affection vers elle que vous dellibériez manifester à toute la Chrestienté de n'avoyr moins à cueur son bien, son repos et sa grandeur, que la vostre propre, je suis venu à luy dire que je creignois bien fort que, pour le désordre où Me Randolphe avoit trouvé les choses, quand il estoit arrivé par dellà, à cause de l'indisposition de Vostre Majesté, et du partement du Roy de Pouloigne, vostre frère, et de ce voyage de Nancy, il n'eût veu rien d'assez bien préparé en vostre court, ny en la personne de Monseigneur le Duc, pour en pouvoir fère, icy, le rapport que Vostre Majesté desireroit; et mesmes que le pourtraict, lequel eût, possible, en quelque chose favorisé Mon dict Seigneur, s'il eût esté achevé à loysir, avec les colleurs et lustres qu'on y eût peu mettre, ne s'estoit trouvé à peyne commancé, dont estant apporté si frays faict, il estoit malaysé qu'il fût arryvé, icy, sans estre aulcunement gasté et mal condicionné; mais que sçavoys bien aussy que le desir de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, estoit qu'elle vît clèrement, et quasy à nud, en l'offre que luy aviez faicte de vostre frère, affin qu'elle s'assurât mieulx de ce qui en estoit, et ne trouvât rien que redire en vostre sincérité; dont la suppliois de prendre le tout de bonne part, et croyre que aulmoins n'y avoit il rien de feinct, ny de déguysé, de vostre costé.

La dicte Dame, d'ung visage fort contant et joyeulx, m'a dict que, si jamays elle avoit eu besoing de l'office d'ung gentilhomme, qu'elle recouroit maintenant à moy, pour luy ayder à remercyer infinyement Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, des grandes et bien fort remarcables satisfactions qu'il vous avoit pleu luy mander par Me Randolphe; lesquelles elle recognoissoit qui partoient de la mesmes source d'honneur, dont aviés tousjours uzé vers elle, depuis qu'aviés commancé de pourchasser son allience, et que c'estoient des neudz bien serrés, par où vous l'attachiez, de plus en plus, à vostre obligation, et luy faysiez prendre tant de seureté de vostre amityé, qu'elle ne feroit nulle difficulté d'y assoyr dorsenavant sa meilleure confience; et qu'elle ne mettoit en petit compte ce qu'il vous avoit pleu renvoyer si honnoré et bien traicté, et si abondamment gratiffyé, comme vous aviez faict, le gentilhomme qu'elle vous avoit envoyé; lequel auroit à se louer, toute sa vye, de Vostre Majesté; et elle à vous en debvoir une grande obligation, car n'y avoit chose qui peût estre plus à son gré au monde, que de voyr fère quelque sorte de faveur aulx siens, pour l'amour d'elle; et qu'aulmoins me pouvoit elle assurer qu'en une chose s'estoit il efforcé bien fort de s'en monstrer recognoissant, c'est que, dès son arrivée, il avoit commancé et ne cessoit, ny pouvoit mettre fin de dire plusieurs choses à la grande louange et grande réputation de Voz Majestez Très Chrestiennes, et de Monseigneur, et qu'il n'estoit possible qu'on peût parler plus honnorablement de quelques aultres princes qui fussent au monde, qu'il faysoit de tous troys; et que, par une parcelle d'ung de ses propos, lequel elle me vouloit réciter, je pourrois juger quelz pouvoient estre les aultres: et que c'estoit touchant Monseigneur, duquel, après avoyr rapporté tout ce qui se peut de bien d'ung prince, il avoit adjouxté qu'il ne vouloit pas fère ung si hault jugement de dire qu'il fût digne d'estre mary et espoux de la dicte Dame, qui estoit sa Royne et sa Mestresse, mais qu'il vouloit bien assurer qu'il n'estoit indigne de l'estre de quelconque princesse que ce fût, et fût elle Dame du plus grand et plus riche estat de tout le monde; et qu'elle croyoit fort fermement qu'il estoit ainsy, sellon les bons et grandz tesmoignages qui estoient toutjour venus, et qui venoient ordinayrement, de luy; et lesquelz luy estoient, à présent, si notoyres, qu'elle ne pensoit avoyr à fère plus aulcune sorte de recherche en cella; et qu'à elle touchoit maintenant de respondre à l'entrevue et saufconduict que luy aviés demandé: dont y penseroit, durant ces fêtes, et en communicqueroit avec ceulx de son conseil, pour, incontinent après, m'en fère sçavoyr sa responce.

J'ay réplicqué que cest affère avoit esté toujours prins par elle, avec aultant de loysir comme elle avoit voulu, et elle avoit eu du temps beaucoup pour la considérer, dont j'espéroys qu'elle ne voudroit remettre à ung aultre jour de m'y respondre, et qu'aulmoins la priois je de me dire si, ce pendant, je vous en pourrois escripre quelque mot de bonne espérance.

Elle m'a respondu que le terme ne seroit long, et qu'elle m'useroit lors d'ung langage si cler que je verrois bien qu'il n'y auroit ny remise, ny ambiguyté, et que, ayant, Vostre Majesté, procédé d'ung très grand honneur vers elle, elle s'estimeroit n'en avoyr poinct, si elle n'uzoit de mesmes vers vous; et pourtant vous prioit de croyre que, quelle yssue que prînt l'affère, elle feroit qu'elle seroit très honnorable.

Je pourchasseray doncques, Sire, le plus dilligemment que je pourray, la dicte responce, et travailleray, en tout ce qu'il me sera possible, qu'elle vous soit faicte bonne. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de décembre 1573.

Depuis ce dessus, il est venu nouvelles de la Rochelle comme l'on y a descouvert une praticque qu'on y menoit pour surprendre la ville[25], ce qui a troublé ung peu ceulx de voz subjectz de la nouvelle religion qui sont icy; mais je mettray peyne de les rassurer, et de fère que ceste princesse et les siens ne s'en troublent, attandant de sçavoyr au vray ce qui en est par les procheynes lettres de Vostre Majesté.

FIN DU CINQUIÈME VOLUME.


NOTES: