Et de tant que la pluspart de la négociation d'entre milord Burgley et moy a esté mené par le Sr de Vassal, présent porteur, que j'ay souvant envoyé vers luy, je le vous dépesche présentement pour vous en aller rendre meilleur compte, et pour, tout ensemble, apporter à Voz Majestez le traicté tout ratiffié, qui m'a esté, depuis deux jours, dellivré de la part de ceste princesse; et vous suplier très humblement, Madame, que par luy il vous playse me faire entendre en quelz termes on vous aura faicte la susdicte responce, et, comme après icelle, vous vouldrez que je continue de la poursuivre. Et sur ce, etc.

Ce XXIXe jour de juillet 1572.

CCLXVIIe DÉPESCHE

—du IIIe jour d'aoust 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Arrivée de Mr de La Mole à Londres.—Entrevue avec le lord garde-des sceaux.—Nouvelles de la guerre des Pays-Bas.—Progrès du prince d'Orange.—Détails sur le combat de Mons.

Au Roy.

Sire, ayant Mr de La Mole faict si bonne dilligence qu'il est arrivé le XXVIIe du passé à Londres, j'ay incontinent envoyé faire entendre sa venue à la Royne d'Angleterre, à quarante mille de là, sur son progrès de Warvic, laquelle, se trouvant en lieu incommode et trop estroict pour nous recepvoir, et voyant encores que les quatre ou cinq premiers gittes, qu'elle auroit à faire, le seroient de mesmes, elle nous a remis jusques au lieu de Eston, où elle faysoit estat d'y arriver dès hier, et nous y donner aujourdhuy l'audience. Mais, s'estant trouvée ung peu lasse de la chasse de devant hier, au lieu de Saldon, pour y avoir suivy, tout le jour et jusques à quelque heure de la nuict, ung grand cerf, elle n'en a bougé de hier ny aujourdhuy, et nous a mandé, sachant que nous estions desjà en ce lieu de Brichil, bien près d'elle, que nous fussions les bien venus; et que, demein, qui est lundy, elle se rendroit sans aulcun doubte au lieu de Eston pour nous y recepvoir mardy, et que cepandant elle avoit commandé au sire Henry Cobhan de nous accompaigner, et nous faire accomoder à Tocester, qui est à ung petit mille du dict lieu; monstrant la dicte Dame, après qu'on luy a heu touché quelque mot de l'honneste occasion du voyage du dict Sr de La Mole, et par l'instance de qui il estoit faict, et combien l'élection de luy estoit bien fort bonne et propre en cest endroict, qu'elle en avoit grand contentement; dont nous mettrons peyne, Sire, de le luy augmanter davantage et le rendre le plus utile qu'il nous sera possible pour Vostre Majesté.

Nous avons, en venant icy, visité milord Quipper en une sienne mayson aulx champs, où la dicte Dame avoit passé, qui a monstré de nous y voir de bon cueur, et de persévérer en la bonne et droicte intention qu'il a tousjours heue à ce bon propos d'ung des Filz de France pour sa Mestresse; et nous a dict que, pour estre Monseigneur le Duc plus esloigné d'ung degré de vostre couronne que Monsieur, que de ce degré l'aprouvoit il davantage et le jugoit plus propre pour eulx, et qu'il luy sembloit que la présence sienne avoit à produire une trop plus briefve conclusion en cest affère que nulle aultre chose qu'il cognût aujourdhuy au monde. A quoy nous avons oposé que cella estoit peu requis, et nullement uzité entre grandz princes, et que, sans plus grande assurance, je ne voyois qu'il se peût faire, ny qu'il deût passer deçà, ny que Vostre Majesté, ny la Royne, vostre mère, le voulussiez jamais consentir.