Par postille à la lettre précédente.
Depuis ce dessus, je me suis infinyement pleinct à ceste princesse, et aulx siens, de l'atemptat de ceulx du Petit Lith, et ilz ont monstré qu'ilz le trouvent très maulvais; dont m'ont promis qu'il y sera indubitablement remédyé.
CCLXXIe DÉPESCHE
—du XXVIIIe jour d'aoust 1572.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Mr de La Mole.)
Audiences.—Détails de la négociation de Mr de La Mole.—Délibération du conseil sur le mariage.—Explications sur la réponse donnée au roi, qui a été prise en France pour une rupture.—Déclarations d'Élisabeth qu'elle est décidée à se marier, qu'elle ne veut pas rompre la négociation; mais qu'avant de prendre un engagement elle croit l'entrevue nécessaire.—Avis donné par les Anglais sur le peu de confiance que doit inspirer le gouverneur de Flessingue.—Bonne disposition d'Élisabeth à l'égard de la négociation du mariage.—Départ de Mr de La Mole.
Au Roy.
Sire, au partir de Norampthon, d'où Mr de La Mole, présent pourteur, et moy, vous fismes une dépesche, le XIe de ce moys, nous arrivasmes, le tréziesme ensuyvant, à Quilingourt, et le lendemein Mr le comte de Lestre nous y traicta en festin avec les plus grandz de ce royaulme, où ayant esté plus d'une heure et demye en conversation avec la Royne d'Angleterre pour luy continuer, en attandant des nouvelles de France, le propos de Monseigneur le Duc, affin de luy en imprimer tousjours le desir, et à nous l'espérance, le dict sieur comte nous mena, l'après dînée, avec le reste de la noblesse de la court, courre le cerf dans ung de ses parcz jusques à la nuict; et, le deuxiesme jour après, le Sr de Vassal arriva avec la dépesche de Voz Majestez du VIIe et IXe du présent et avec ce que, oultre la dicte dépesche, il vous avoit pleu le charger de nous dire.
Sur quoy nous allasmes, le XVIIe, retrouver la dicte Dame à Warvic, à laquelle, après aulcuns propos qu'elle mesmes nous commença, nous luy dismes qu'il nous estoit venu des lettres de Voz Majestez Très Chrestiennes sur la responce que son ambassadeur avoit heu à vous faire, à la fin de juillet; et de tant que luy mesmes avoit ouy les parolles et veu les contenances, dont luy aviez uzé quand il la vous avoit déclarée, et qu'il avoit très bien recueilly le tout, nous nous assurions que desjà elle avoit mieulx entendu la façon comme Voz Majestez avoient prinse la dicte responce par le discours de ses lettres que nous ne luy sçaurions représanter sur celles de Voz Majestez. Et, sans rien toucher à la dicte Dame de la lettre qu'elle luy avoit escripte le XXIIe de juillet, parce que vous le nous deffandiez, nous ajouxtâmes seulement qu'il n'estoit pas à croyre combien il vous avoit touché au cueur que la dicte responce n'eust esté conforme à vostre honneste desir; et combien Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, vous estiez vergongniez de ce que, cuydantz avoir bien mesuré vostre offre pour la plus juste, la plus honnorable, et quasy la plus nécessayre que vous heussiez su faire à une telle princesse comme elle, laquelle vous aymiez et observiez plus que nulle aultre de la Chrestienté, elle néantmoins vous heût randus confus, et vous heût condampnés de n'avoir heu bon jugement en cella; et qu'après y avoir bien pensé et dellibéré avec ceulx de vostre conseil, et ne pouvantz juger, par les choses que Mr de Montmorency et Mr de Foix, vous avoient rapportées, et par celles que je vous avois escriptes, et encores par celles que Mr le comte de Lincoln et ses aultres ambassadeurs vous avoient dictes, qu'il fût possible que ceste responce heût à estre celle résolue qu'elle avoit dans son cueur, Voz Majestez la suplioient de vous en randre une meilleure et plus aprochante du vray contantement que vous aviez espéré d'elle.
La dicte Dame, comme préocupée d'une peur que nous voulussions rompre, et résolue néantmoins, pour la recordation de ce qui luy estoit advenu du premier propos, de ne changer point d'opinion, s'escria ung peu en elle mesmes disant:—«Ha! je voy bien, par la responce de mon ambassadeur et par ce que je oy maintenant, que la Royne Mère, comme prudente et vertueuse, a voulu estre sage pour son filz et pour moy, et ne veut que nous nous voyons de peur qu'il ne se puisse contanter d'une telle femme, ou que je ne puisse demeurer bien satisfaicte d'ung tel mary.» Et après, s'estant adressé à nous, continua nous dire que, puisque les lettres tant honnestes et pleines d'honneur et de mille satisfactions que je luy avois présentées en la mayson de milord trésorier, escriptes de vostre mein, et de la Royne, et de Monseigneur le Duc, avoient esté cause de luy faire méliorer sa première responce, du XXIIe de juillet, par laquelle elle mandoit que les difficultés de l'eage empeschoient qu'elle ne peût satisfaire ny à son desir ny à vostre espérance, et d'avoir, comme par ung bon et nouveau moyen, proposé l'entrevue, affin d'oster les dictes difficultés, elle pensoit que, non seulement vous l'aprouveriez, mais luy sçauriez un grand gré d'avoir, de son costé, faict l'ouverture qui debvoit procéder du vostre; qu'elle prioit Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Mr de Montmorency, desquelz troys le langage avoit esté semblable, qu'il vous pleût croyre qu'elle n'estoit si traistre, ny si meschante, de parler d'une entrevue à ung prince de si grande qualité, si elle n'estoit bien résolue de se marier, et qu'elle m'avoit, longtemps y a, assuré de la victoyre qu'elle avoit gaignée sur elle en cest endroict; dont ne voudroit maintenant vendre à si inique et desloyal pris, comme seroit cestuy cy, le précieulx trésor de vostre amityé et de la Royne et des princes de vostre couronne, ses enfans, et qu'à la vérité elle avoit plusieurs justes occasions du passé, et plusieurs grandes considérations du présent, pour desirer la dicte entrevue, tant pour la satisfaction de Monseigneur le Duc, affin qu'il n'espousât une femme qui ne luy pleût, que, à dire vray, pour le compte d'elle mesmes, affin de voyr si elle pourroit être aymée de luy, et si la disposition de l'eage, et ce qu'on luy avoit rapporté du visage seroient objetz si véhémentz qu'elle ne s'en peût jamais contanter; et, de tant qu'elle avoit mis cella en l'arbitre de Voz Majestez, il n'estoit raysonnable que luy renvoyssiez maintenant la pierre, sinon que vous voulussiez que ce qu'elle vous avoit mandé et ce que Vous et la Royne, vostre mère, aviez respondu à son ambassadeur, et ce que nous luy disions maintenant, fût la fin du propos; demeurant la dicte Dame là dessus bien fort pensive, sans y rien plus adjouxter.