Je n'ay eu, longtemps y a, aulcunes bien certeynes nouvelles d'Escoce; tant y a que, par aulcunes de mes intelligences, je suis adverty que l'abstinence y a esté gardée durant les deux moys, lesquelz sont desjà expirés dès le VIe du présent, et que le comte de Morthon y a esté, par le party du Prince, subrogé régent au lieu du feu comte de Mar, et la garde du dict Prince a esté continuée à la vefve et au frère du dict comte de Mar, à eulx adjoinct le comte d'Angoux, qui est nepveu et héritier présumptif du dict de Morthon. Je ne sçay comme les choses se comporteront maintenant par dellà, mais il ne s'y doibt espérer guyères d'amandement pour estre retumbées du tout en la mein du dict de Morthon, parce qu'il s'est monstré tousjours le principal adversaire de la Royne, sa Mestresse, et très grand ennemy de la paix.
L'on a, depuis deux jours, emplyé ung peu la liberté du comte d'Arondel en sa mayson, et de se pouvoir promener à l'entour d'icelle; mais ceulx qui sont dans la Tour demeurent tousjours fort restreinctz, et encores ung peu plus que les aultres, les deux segondz filz du comte Dherby, depuis quinze jours, que le vieulx comte, leur père, est mort. Sur ce, etc.
Ce XVIe jour de décembre 1572.
CCXCIe DÉPESCHE
—du XXIIIe jour de décembre, 1572.—
(Envoyée exprès jusque à Calais par Jehan Volet.)
Désignation du comte de Worcester pour représenter Élisabeth au baptême.—Désignation du docteur Dale destiné à remplacer Walsingham.—Insistance de l'ambassadeur pour obtenir son rappel.—Interruption des armemens pour la Rochelle.—Protestation du vidame de Chartres de son dévouement au roi; son refus de rentrer en France.—État de la négociation des Pays-Bas.—Nouvelles d'Écosse.
Au Roy.
Sire, je n'ay receu, à cause de l'empeschement de la mer, vostre dépesche, du IIIe de ce moys, jusques au quinziesme, et, le mesme jour, le Sr de Sabran est arrivé avec celle qu'il vous a pleu me faire, du IXe et Xe ensuyvant, ès quelles deux j'ay trouvé plusieurs bien amples satisfactions, et, à mon advis, bien considérées, touchant aulcunes particullaritez, dont je vous avoys auparavant escript. Je m'en vays demein trouver ceste princesse à Hamptoncourt, affin de luy faire bien entendre tout ce que je y ay comprins de l'intention de Voz Majestez, et, incontinent après, je vous manderay sa responce. Cepandant je vous diray, Sire, que le comte de Wourchester a très volontiers accepté d'aller devers Voz Majestez pour le baptesme, et je le solliciteray de partir bientost affin qu'il puisse arriver à Paris, incontinent après les Roys. C'est ung seigneur, duquel Voz Majestez et toutz les vostres aurez contantement, et qui s'esforcera de sa propre inclination, avec le commandement de sa Mestresse, de faire de fort bons offices. Il est parent de la Royne d'Angleterre et porte le surnom de Sommerset, et n'eût l'on sceu faire élection d'ung plus grand ny d'ung plus noble que luy en ce royaulme, pour honnorer l'acte; et si, est bien estimé de sa Mestresse et bien voulu de tout ce royaulme. L'on ne luy a pas encores ordonné sa compagnie, mais, aussytost qu'on luy en aura baillé le rolle, il m'a promis qu'il me l'apportera, et je l'envoyeray à Vostre Majesté affin que puissiez mieulx ordonner de sa réception et de son traictement.