Or, estoit Mr le comte de Montgommery présent, quand j'ay parlé à la dicte Dame, mais n'a faict semblant de nous voyr ny de nous saluer, tant y a que Mr le vidame et les Srs de Pardaillan et Du Plessis, qui sont venus communicquer avecques moy, m'ont signiffié que le dict comte et eulx, et toutz les gentilshommes qui sont icy, ont ung singullier desir d'estre remis en vostre bonne grâce; et le dict sieur vidame se promet de fère en sorte que vous cognoistrez, Sire, qu'il n'aura employé ce temps, qu'il est absent, qu'à vous fère tant de service qu'il le puisse mériter. J'espère bien que de ceste négociation viendra quelque changement, ou aulmoins quelque suspencion, ez dellibérations qui se faisoient par deçà. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour de febvrier 1573.

CCXCIXe DÉPESCHE

—du VIIIe jour de febvrier 1573.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran.)

Crainte que les Anglais ne préparent secrètement quelque entreprise contre la France.—Nouvelles d'Écosse.

Au Roy.

Sire, au sortir de dîner, le jour du mardi gras, milord trézorier et les comtes et seigneurs de ce conseil, après m'avoir rendu plusieurs grandz mercys de la bonne chère, et m'avoir faict une fort privée et ouverte démonstration de beaucoup de contantement, ilz m'ont dict que, pour ne rompre l'ancienne observance du jour, laquelle estoit de ne l'employer qu'à banqueter et se resjouyr, ilz se vouloient bien garder de traicter d'aulcune chose avecques moy, qui eût apparance d'estre guyères sérieuse, et pourtant qu'ilz remettroient, jusques à deux ou troys jours de là, de me respondre aulx querelles que je leur avoys faictes le XXVIIIe du passé; et ne me mouveroient celles qu'ilz avoient aussy à me fère sur aulcunes inconsidérations qu'on avoit naguyères uzées à Roan vers aulcuns angloys; seulement ilz me vouloient dire que la Royne, leur Mestresse, après ma dernière audiance, estoit demeurée si irritée contre les pirates, pour l'outrage faict au comte de Worcester, qu'elle avoit résolu d'en nétier la mer, dont avoit commandé qu'il fût mis promptement III bons navyres dehors pour les aller chasser de toutes les rades et costes de deçà, ce qui seroit faict dans sept ou huict jours. Sur quoy voyant qu'ilz avoient prescrit l'ordre de ne me vouloir travailler d'affères parce que j'estois leur hoste, je ne les en voulus ennuyer à eulx parce qu'ilz estoient les miens, et ainsy a esté remis de traicter de toutes noz négociations à quand j'yray trouver, la première foys, la Royne, leur Mestresse, à Grenvich. Or, Sire, ces troys navyres sont ceulx, que je vous ay desjà mandé, qu'elle avoit donnés à son admiral, lesquelz, parce qu'ilz avoient esté destinés à ung aultre effect, je souspeçonne fort que le prétexte de chasser les pirates sera de les envoyer toutz à la Rochelle, ou bien à fère la surprinse de quelque lieu le long de la coste de Normandye de Bretaigne, ou de Guyenne, s'ilz le trouvent mal gardé. Car à voyr les dilligences d'aulcuns malcontantz qui sont icy, et leurs ordinayres sollicitations en court, les armes et monitions qu'ilz acheptent, le nombre de grandes harquebuzes à forchette qu'ilz font forger, les navyres de guerre qu'ilz louent et marchandent, les hommes qu'ils entretiennent, et la presse qu'ilz leur font toutz les jours de se tenir pretz, et mêmes qu'ilz vont praticquant les soldatz, tant angloys que françoys, aussytost qu'il en arrive ung en ceste ville, ainsy qu'ilz sont après à suborner quatorze ou quinze françoys qui viennent d'Escoce (mais je leur ay obtenu passeport, et baillé quelques deniers pour se retirer à Dieppe), il est aysé à juger qu'ilz ont quelque desseing non petit, et qui est fort prest d'estre bientost exécuté. En quoy semble qu'il ne faut non seulement avoyr l'euil sur l'object de la Rochelle, car estiment qu'elle n'est pour estre forcée de longtemps, mais que, s'il leur reste quelque moyen de vous apprester de la besoigne ailleurs, qu'ilz ne faudront de l'essayer affin de divertir le siège du dict lieu de la Rochelle.

Il est arrivé ung courrier d'Escoce depuys troys jours, duquel l'on ne publie les nouvelles qu'il a apportées de dellà, mais quelqu'ung, qui en a descouvert quelque chose, m'a mandé que le capitaine Granges et Ledington, encor que milord de Morthon poursuive opiniastrément de les resserrer par une tranchée qu'il a faicte devant le chasteau de Lillebourg, qu'ilz se maintiennent néantmoins fort bravement contre luy, et monstrent de creindre bien peu ses effortz; que ce que le dict de Morthon traictoit de bailler le Prince d'Escoce aux Angloys, ainsy qu'il a esté sur le poinct de le consigner, cella a esté esventé par quelque lettre que j'avoys escripte d'icy; dont semble que l'entreprinse reste maintenant fort éloignée, nonobstant que les cinquante mille escus de la convention soient desjà sur les lieux, car les Escouçoys disent qu'ilz mourront plustost très-toutz que de souffrir qu'on le transporte hors du pays; qu'il estoit bruict que le frère du dict Granges estoit arrivé à Abredin avec le Sr de Vérac. Sur ce, etc.