Guaras attand encores la responce pour le Duc d'Alve, et n'espère de moins sinon qu'on la luy fera fort bonne, et qu'après les procheynes lettres, que le dict duc renvoyera, le commerce et les portz seront réouvertz entre les deux pays pour deux ans, et que, pendant iceulx, il sera depputé des personnages, de chacun costé, pour mettre toutz les aultres différendz en bons termes d'accord. Sur ce, etc.

Ce XVIe jour de febvrier 1573.

CCCIIe DÉPESCHE

—du XXIe jour de febvrier 1573.—

(Envoyée jusques à Bouloigne par le courrier.)

Armemens faits par le comte de Montgommery.—Projets divers qu'on lui suppose.

Au Roy.

Sire, après que j'ay eu remonstré au grand trézorier d'Angleterre les choses, que Vostre Majesté m'avoit escriptes touchant la confédération qui se présumoit entre la Royne, sa Mestresse, et ceulx de la Rochelle, l'on n'a depuis rien plus traicté de ces matières suspectes dans ce conseil; ains le dict grand trézorier et les comtes de Lestre et de Lincoln se sont absentés, et n'est demeuré gens d'affaires près de la dicte Dame que le seul comte de Sussex et mestre Smith: ce qui est cause, Sire, que je ne puis, si proprement que je voudrois, descouvrir, à ceste heure, comme va la particullarité des praticques de deçà. Néantmoins je voy bien que aulcuns fâcheus, et pleins de passions, ne cessent de poursuyvre, de mayson en mayson, et d'oreille en oreille, leurs accoustumées sollicitations plus que jamays; et que le comte de Montgommery va cherchant ceulx cy, et pareillement qu'il est cherché d'eulx, et qu'il traicte ordinayrement avec le secrettère du comte Palatin, et que la retenue des soldatz, tant françoys que aultres, qui a esté faicte en ceste ville, monstre de n'attandre que l'ordre et commandement de luy. En quoy, à mon jugement, Sire, il semble estre passé si avant, en prenant de l'argent de ceulx de Londres, et encores, à ce que j'entendz, quelque somme de ceste court, qu'il est aysé à juger qu'il s'est obligé à quelque entreprinse. Et parce qu'on ne publie au vray quelle elle est, qui, possible, luy mesmes ne la sçayt encores de certein, je vous diray, Sire, quelle opinyon en ont ceulx qui antent avec luy et avec les siens, et qui oyent souvant leurs discours: c'est que, si les moyens ne luy viennent plus grandz que, pour encores, ilz ne luy apparoissent, qu'il s'yra jetter, avec ce qu'il a de soldatz, dans la Rochelle; mais, s'il peut avoyr les moyens si gaillardz qu'il ayt de quoy mettre des gens en terre, sans dégarnir ses vaisseaulx, qu'il hazardera de surprendre ou de forcer quelque place, le long de la côte de Normandie, de Bretaigne ou de Guyenne, et qu'en toute sorte il tentera de maîtriser la mer avec cinquante navyres de guerre petits ou grands qu'il peut mettre ensemble en dellibération de combatre les gallères et vaysseaulx de Vostre Majesté, si l'occasion s'y offre. Et s'entend aussy, parmy eulx, qu'il pourra fère une entreprinse en Escoce pour y réduyre les choses, à la dévotion des Angloys, qui les ont à cueur, aultant que nulles aultres qui les concernent; et s'efforcera de prendre le chasteau de Lillebourg et de transporter le Prince d'Escoce par deçà: qui ay bien advertissement, Sire, qu'on prépare de l'artillerye, des pouldres et des monitions, en la Tour de ceste ville, pour les envoyer à Barvic tout exprès, à ce qu'on dict, pour en accomoder le comte de Morthon, lequel monstre d'avoyr résoluement déterminé de venir à bout de ceulx du dict chasteau de Lillebourg. Il se parle aussy que cest apprest de mer du dict de Montgommery est pour aller en cours piller quelque isle, ou bien pour dévaliser quelqu'une des flotes qui reviendront des Indes. Et aultres disent qu'il yra trouver le prince d'Orange, et que mesmes il essayera de tirer des harquebousiers de la Rochelle, et des aultres lieux de France, pour en accommoder le dict prince.

Je supplye très humblement Vostre Majesté d'advertyr vostre armée de mer de se préparer et se tenir sur ses gardes. Sur ce, etc. Ce XXIe jour de febvrier 1573.

CCCIIIe DÉPESCHE