Lesquelles, en subtance, sont, Sire, qu'elle avoit ung singulier plésir de voyr que le voyage du comte de Worchester eût produict le bon effect qu'elle desiroit, de vous avoyr apporté aultant de contentement pour le baptesme de Madame, vostre fille, comme vous luy aviez faict d'honneur de la convier d'en estre l'une des commères; et qu'elle prioit Dieu de la rendre aussy heureuse comme elle estoit grande, et comme elle s'assuroit qu'elle seroit vertueuse princesse, et de la fère ung commancement d'une si accomplie lignée à Voz Majestez Très Chrestiennes, que bientost elle eût une suyte d'aultant de frères, comme, pour la succession de vostre grandeur, vous en pouviez desirer; qu'elle ne pouvoit ouyr chose qui plus la contantast, que la continuation de vostre amityé, et qu'elle vous offroit pour jamays la sienne;
Que, touchant le premier des deux advis, que je luy avoys monstré, il ne se trouveroit poinct qu'elle eût jamais faict ligue avec aulcuns subjectz, et mesmes, sans la persuasion de l'Empereur, elle n'eut point contracté celle qui duroit encores d'entre elle et les princes de l'Empire, parce qu'ilz n'estoient souverains; et que, touchant ceulx de vostre royaulme, elle vous prioit ne l'estimer jamays princesse de vérité, si elle en avoit faict, ny si elle estoit entrée en aulcune confédération avec eulx; et, quand elle en voudroit venir là, ce ne seroit soubz mein, affin de ne décevoir ceulx de la Rochelle, de ne les secourir si petitement et à cachète, sçachant que, à une force royalle comme la vostre, il en faudroit oposer une aultre royalle, ou ne s'en mesler poinct, par ainsy qu'elle se déclareroit ouvertement;
Et que, du comte de Montgommery, elle me pouvoit jurer, avec vérité, qu'elle n'estoit aulcunement informée de son faict, et qu'elle ne pensoit pas qu'il peût trouver tant d'argent à Londres comme je disoys, parce que les marchandz n'estoient trop volontayres de prester à ung estrangier, sans bons gages et sans bonne seureté;
Qu'il estoit bien vray que plusieurs de ses subjectz avoient esté priez de prendre les armes pour ceste cause, et plusieurs en grand nombre, et qui ont de bons moyens, s'estoient très vollontiers offertz de le fère, pourveu qu'elle le leur voulût permettre; et qu'elle vouoit à Dieu qu'elle le leur avoit très expressément deffandu, et commanderoit de nouveau à ses conseillers de ne laysser rien sortir hors de ce royaulme, qui peût aller contre les affères de Vostre Majesté, et qu'elle sçavoit bien qu'on ne la pourroit tromper en cella sinon, possible, soubz la couleur des marchandz, qui la contreignoient de leur permettre d'armer leurs vaysseaulx pour se deffandre contre les pirates, ou bien ilz vouloient délaysser du tout le trafficq en ce royaulme;
Qu'elle vous estimoit d'ung si vertueux naturel que vous ne pourriez mescognoistre qu'elle ne vous eût esté très bonne amye en voz précédans affères, comme elle dellibéroit de l'estre en ceulx cy, ainsy que le Roy d'Espaigne commançoit aussy de s'appercevoyr que l'amityé d'elle ne luy pouvoit estre sinon bien utille; de quoy il luy avoit desjà donné de si bonnes enseignes, d'avoyr changé la maulvaise opinion qu'il en avoit eu auparavant, qu'elle feroit cognoistre à toute la Chrestienté qu'elle n'en vouloit plus doubter;
Et qu'elle vous prioit, Sire, que la faulceté de ces advis, qu'on vous avoit maintenant donnés, vous fût cause de n'adjouxter plus de foy à ceulx qu'on vous bailleroit cy après, comme elle ne vouloit aussy croyre toutz ceulx qu'on luy escripvoit de France: d'où l'on l'advertissoit qu'aulcuns personnages de crédit avoient assuré qu'aussytost que vous auriez réduict la Rochelle, vous commanceriez la guerre à l'Angleterre, pour l'occasion de restituer la Royne d'Escoce, qui vous serviroit de bon prétexte en cella, mesmement à ceste heure que la déclaration estoit arrivée de Rome, comme le comte de Boudouel n'estoit plus son mary, et qu'on disoit que Monsieur, frère de Vostre Majesté, y vouloit prétendre pour luy; à quoy elle a adjouté, avec ung soubsrire, qu'elle s'y opposeroit, et allègueroit que c'estoit à elle, à qui il avoit premier promis mariage;
Que, à la vérité, il avoit esté interçu, au frère du cappitayne Granges en Escoce, des lettres de Vostre Majesté, lesquelles, encor que fussent en chiffres, il avoit néantmoins exposé sa créance par escript, qui estoit d'avoir charge d'admonester ceulx du chasteau de Lislebourg de ne faire point de paix, et que, dans le moys de may, Vostre Majesté leur envoyeroit de bonnes forces pour les secourir, avec monsieur de Guyse;
Que, nonobstant tout cella, nul, soubz le ciel, desiroit plus la paix de vostre royaulme qu'elle faysoit; qui vous vouloit bien advertir, Sire, et vous prioit de luy adjouxter foy en cecy, que, si ne trouviés moïen de paciffier voz subjectz sur la seureté de leurs vyes, et au faict de leurs consciences, ou aulmoins de ne les contreindre du tout en la liberté que leur aviez cy devant permise par voz édictz, que vous estiez pour vous trouver en plus d'affères, ceste année, que n'en aviez eu aulx précédantes;
Que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, elle vous remercyoit et la Royne, vostre mère, de tout son cueur, pour la bonne affection que vous y aviez, et mercyoit Monseigneur le Duc de sa persévérance vers elle; et que ses ambassadeurs ne luy avoient escript ung seul mot de ce faict; dont, après que le comte seroit arrivé, elle adviseroit, sur le rapport qu'elle entendroit de luy, et sur ce que je luy en disois, de vous faire une si bonne responce qu'elle espéroit que Voz Majestez s'en contanteroient.
Voylà, Sire, quasy en propres termes, ce qu'elle m'a respondu.